Et si le silence avait son mot à dire en amour ?

4 avril 2019
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Le silence fait souvent peur. Il inquiète. Il dérange. C’est sans doute pour cela que nos sociétés sont bruyantes. Bourdonnement quasi permanent, en ville et à la maison, de sonneries, de sons mélangés, de bavardages, de cris, d’interpellations… Pourtant, il semblerait que ce silence que l’on évite, génère des bienfaits essentiels, pour notre vie, et notre relation aux autres.

Le silence est rare dans nos journées actives et sur-sollicitées. Voitures, transports, machines, centres commerciaux , tumulte de la foule… Un tapage sonore quotidien, qui nous maintient agités(ées), et augmente notre stress.

Mais ce n’est pas pour autant que nous recherchons le silence. Arrivés(ées) à la maison, c’est encore le bruit qui s’invite. Certaines personnes ont toujours besoin d’un fond sonore. La télévision est souvent allumée. Besoin de maintenir le bruit social ? Besoin de se rassurer ? Peur de l’ennui ? Peur de la solitude face à soi-même ? Peur du vide ?

Pourquoi le silence suscite-t-il autant de résistance ? Certains spécialistes l’expliquent par le sentiment d’appréhension d’être confrontés(ées) à notre intériorité : nos peurs, nos colères, nos frustrations, notre réalité, notre vulnérabilité, nos incertitudes,  notre solitude, voire… notre finitude. Le bruit serait donc une sorte de bouclier pour nous protéger, nous distraire de notre part d’ombre.

Si le silence impressionne à ce point, c’est peut-être parce qu’il a beaucoup à nous dire…Et aussi, beaucoup à nous apprendre.

 

En plus de développer notre cerveau, le silence détend et apaise.

 

La revue Brain Structure and Function rapporte les résultats d’une étude réalisée en 2013 sur des souris. Les scientifiques ont constaté que les souris exposées au silence pendant deux heures, chaque jour, développaient de nouvelles cellules au niveau de l’hippocampe, une région du cerveau, impliquée dans la mémoire, l’émotion et l’apprentissage.

« Nous avons vu que le silence aide réellement les nouvelles cellules générées à se différencier en neurones et à s’intégrer dans le système. » explique le chercheur Imke Kirste.

Autrement dit, le silence favorise la croissance de notre cerveau. Mais pas uniquement…

En plus de développer notre cerveau, le silence détend et apaise. Une étude publiée dans la revue Heart montre que deux minutes de silence ont un effet plus déstressant sur notre corps et notre mental qu’une musique relaxante. Plein de bonnes raisons pour se réconcilier avec le silence !

 

Un retour à l’essentiel

Depuis des siècles, le tantra et le yoga font une place importante au silence. Il nous offre l’opportunité de retrouver notre intériorité, de renouveler nos énergies dans le calme, de relâcher la pression de nos pensées, et d’atteindre un état de paix profonde.

Si le silence a autant de vertus sur notre être vivant, s’il apporte un si grand apaisement sur notre mental, pourquoi ne pas essayer de le pratiquer à deux ?

Nous le savons, la communication reste un exercice difficile dans notre couple. Elle est souvent source d’incompréhensions et de débordements émotionnels. La parole, parfois imprécise, génère des confusions, de mauvaises interprétations. Cela nous entraîne dans un comportement tour à tour agressif et défensif. Rarement, nous parvenons à nous rejoindre et à nous comprendre vraiment.  Et si nous expérimentions le silence pour nous rapprocher et mieux nous connaître ?

 

Se comprendre par le silence

Pour aller dans ce rapprochement, je vous propose de créer un nouvel espace d’intimité dans votre couple. Voici un petit exercice à pratiquer pendant environ 10 minutes. À réaliser à deux, dans le silence :

 

♥ Préparez le lieu

Assurez-vous de vous trouver dans un lieu calme et de ne pas être dérangés. Prévoyez une tenue souple pour être à l’aise. Installez un plaid et des coussins au sol. La lumière n’est ni trop intense ni trop sombre.

 

♥ Commencez l’exercice

Debout, Commencez par vous étirer lentement l’un en face de l’autre. Souriez dans cet étirement, en vous regardant. Puis asseyez-vous au sol, de préférence en position tailleur, genoux contre genoux. Fermez les yeux. Sentez votre corps. Vérifiez que les épaules sont bien relâchées et que la colonne vertébrale est bien droite. Ouvrez la poitrine, tendez le cou vers le haut.  Respirez profondément. D’abord de grandes inspirations et expirations. Accordez-vous pour en réaliser 5 tous les deux.  Puis revenez progressivement à une respiration plus naturelle. Ouvrez ensuite les yeux en vous redécouvrant l’un et l’autre. Regardez-vous sans rien dire. Plongez vos yeux profondément dans les yeux de l’autre, sans les lâcher.

À cet instant, peut-être sentirez-vous une sorte de gêne. Ce tête à tête inhabituel peut vous troubler. Vous serez éventuellement porté(e) à fuir le regard de votre partenaire, à ne pas oser la (le) regarder, à ne pas pouvoir plonger vos yeux dans les siens. Laissez passer cette peur. Acceptez de lâcher prise. Respirez… Laissez passer aussi toutes les pensées qui vous traversent l’esprit, questionnements, angoisses, inquiétudes… Donnez libre cours à l’émergence de vos émotions. Peut-être aurez-vous envie de pleurer. Pleurez.

Vivez pleinement ce moment d’ouverture et de communion avec votre partenaire. Ressentez ce que ce partage produit en vous, et les sensations que cela vous procure. Puis, prenez-vous les mains. Sentez les émotions qui montent en vous. Éprouvez tout ce que vos sens vous disent et vous apprennent sur vous et votre relation à l’autre…

 

Le silence et l’amour

Cet exercice peut se réaliser quotidiennement. Il permet un temps de communion profonde avec notre partenaire. Il pallie l’insuffisance du langage « Le silence est fait de paroles que l’on n’a pas dites. » (Marguerite Yourcenar).

Il favorise un échange sensoriel et extrêmement sensuel. Il sera d’autant plus bénéfique pour notre relation amoureuse s’il est réalisé dans une intention commune, d’ouverture, et de sincérité à l’autre.

Le silence devient alors pure révélation. « Un silence, voilà qui est suffisant pour expliquer un cœur. » (Molière)

Oui, très certainement, le silence a aussi son mot à dire en amour…

 

 

 

2 reflexions sur : “Et si le silence avait son mot à dire en amour ?”

  • Un article bien intéressant! Et quelque chose qui est de plus en plus intéressant dans ma vie. Régulièrement, j’essaye de créer de la place, au lieu d’être constamment stimulé, et ça passe par la place sonore et donc le silence.
    Ça me rappelle qu’on voulait faire un défi 24 heures de silence avec Madame, et s’assurer qu’on a quelques heures ensemble au moins dans cet espace (repas, balade, se regarder dans les yeux, etc.)

    Ce qui est intéressant en couple, c’est que le manque de capacité à être en silence ou à garder un contact visuel est un clair indicateur de malaise et de pensées non dites qui causent de la honte ou des questions.

    • Bonjour Nicolas,

      Il est vrai que ce type d’expérience à 2, lorsqu’elle n’est pas habituelle, nous sort de notre zone de confort. En ce sens, ton défi 24 heures de silence est un véritable challenge !
      Vivre des temps de silence avec notre partenaire, c’est accepter d’être profondément soi, tout en étant avec l’autre. C’est également prendre conscience de notre différence et de notre complémentarité.
      Cela favorise une connexion modifiée , diversifie notre manière d’être avec notre partenaire, et enrichit la connaissance de notre rapport à l’autre.
      Je pense aussi que cela peut être un excellent exercice pour éprouver la notion d’autonomie et de différenciation au sein du couple, dans un contexte chaleureux et rassurant.
      Merci pour ce partage enrichissant.

      A bientôt

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