Dans le couple, dépasser la bataille

7 juin 2019
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Dans le couple et la famille, conflits et disputes, créent beaucoup de souffrance et de désespoir. Souvent démunis, on reste sans solution. Comment sortir de cette impasse ? Il existe une voie, encore peu connue, qui peut nous y aider. Pascal Anger, médiateur familial, spécialiste de la question, nous explique de quoi il s’agit.

Dans le couple, les discordes s’enchaînent parfois, sans pouvoir trouver un accord ou un apaisement possible. Une mésentente permanente qui a des effets négatifs sur le climat général de toute la famille. Tristesse, peurs, angoisses, incompréhensions, colère, frustrations… Que faire quand toutes les portes se referment et que la situation s’aggrave ?

Ne pas laisser le problème s’enkyster en profondeur

Surtout ne pas attendre que tout parte à la dérive, répond Pascal Anger. Rien n’est perdu, des solutions existent pour renouer le dialogue, reconstruire le lien familial , apaiser les tensions, gérer les conflits, développer l’autonomie ou encore la responsabilité. Ce sont, entre autres, les missions d’une structure d’aide, encore mal connue, qu’on appelle la « médiation familiale ».

En effet, bien que cette aide existe en France depuis 1995, ce n’est que lorsque le couple arrive en phase terminal, qu’il frappe, le plus souvent, à la porte du médiateur familial. Une arrivée tardive, davantage liée à un défaut d’orientation plutôt qu’à un défaut de réaction. Le problème, explique Pascal Anger, c’est que « la plupart des gens qui vivent un conflit se tourne d’abord vers la justice. Or la justice tranche le litige, mais souvent le conflit perdure. »

La médiation familiale : une aide encore peu connue

Ainsi, pour inverser cette tendance, selon Pascal Anger « il est indispensable de faire progresser les actions de sensibilisation et d’orientation dans ce domaine, par l’intermédiaire des partenaires sociaux ou de la justice.Trop nombreux sont les médiés qui viennent consulter, alors que le conflit est déjà bien engagé, ou la communication rompue. » Tout en le déplorant, il ajoute :

« Malgré les différentes campagnes de promotion, menées par les différents services de médiation, mais aussi de la caisse d’allocation familial, la médiation familiale reste encore très peu connue. »


La médiation familiale cherche à éviter les conséquences majeures et douloureuses, notamment pour les enfants, d’un conflit qui perdure.

Pascal Anger

Une structure d’aide qui gagnerait à se faire connaître pour de nombreux couples et familles qui traversent des difficultés importantes, voire insurmontables. La médiation familiale est une voie possible pour sortir de l’impasse, explique Pascal Anger « Il s’agit d’une démarche encadrée par une personne qualifiée (le médiateur familial), qui permet à des membres d’une même famille de rétablir la communication au moment d’une crise familiale ou conjugale.

La médiation familiale cherche à éviter les conséquences majeures et douloureuses, notamment pour les enfants, d’un conflit qui perdure.

Aujourd’hui encore, de nombreuses personnes nous disent « Si on avait connu la médiation familiale avant, les choses ne se seraient pas enkystées comme ça. »

La médiation familiale a pour but de renouer le dialogue dans l’intérêt de l’enfant. Le médiateur fait du « sur mesure », en s’arrêtant sur les sujets qui concernent la responsabilité parentale. Tous les sujets peuvent être abordés : la scolarité, la santé, les sorties, le budget consacré à l’enfant… »

« Il est possible de s’informer pendant la séparation de l’organisation autour de l’enfant, de la place des grands parents après la séparation. »

PASCAL ANGER

Quand il n’est plus possible d’envisager de poursuivre la vie commune dans le couple, le médiateur familial, formé à l’écoute et à la négociation, permet alors d’aborder toutes les questions concernant le nouvel avenir de la famille.

« Le processus de médiation familiale peut être difficile et douloureux » prévient Pascal Anger, « Cela peut sembler paradoxal de demander aux parties de venir s’asseoir l’une en face de l’autre pour se parler, alors qu’elles n’ont plus envie de se voir.  La médiation familiale peut être interrompue à tout moment par les parties ou par l’une des parties. » Il précise, « Parler des aspects concrets de la séparation, planning de l’enfant, scolarité, santé, les pratiques religieuses, ses relations avec la famille élargie, les relations avec les beaux-parents… Ou tout autre point qui préoccupe autour de cette séparation. » fait partie de la mission du médiateur familial.


Si la médiation familiale est utilisée avant que les conflits ne se cristallisent dans le couple et n’entrent sur la scène judiciaire, il y a des chances que des solutions créatives puissent être trouvées…

PASCAL ANGER

Pascal Anger poursuit « Avant d’entamer des démarches judiciaires, il est donc possible de s’informer, pendant la séparation, pour communiquer et trouver des solutions concernant le calcul de la pension alimentaire, de l’organisation autour de l’enfant, école privé ou publique, de la place des grands parents après séparation. Autant de questions dont on peut parler en médiation familiale.

Le médiateur est un tiers neutre, qui respecte la neutralité, la confidentialité, l’impartialité. Il n’est ni juge, ni arbitre. Il a pour rôle d’amener les protagonistes à trouver par eux-mêmes une solution convenant à chacun, au lieu de se voir imposer une décision par la justice.

Si la médiation familiale est utilisée avant que les conflits ne se cristallisent dans le couple et n’entrent sur la scène judiciaire, il y a des chances que des solutions créatives puissent être trouvées, en sauvegardant les relations importantes tissées entre les enfants et les adultes.

Le médiateur familial peut aider à rapprocher les conjoints en opposition, sur la question de la résidence des enfants ou sur les modalités d’hébergement et de droit de visite. Le conflit est pris en compte comme une opportunité de changement. »

Médiation familiale, pour qui ?

Même si la médiation familiale constitue une aide précieuse pour les familles en crise, elle ne s’adresse pas à tout le monde, précise Pascal Anger « La médiation familiale n’est pas adaptée à tous les couples. Notamment dans les couples où la relation est violente ou pathologique, ceux pour qui le besoin de conflit l’emporte, et ne sont pas en capacité de prendre du recul et de se remettre en question.

Le conflit ou la rupture de communication est souvent la porte d’entrée dans le processus de médiation familiale. Elle doit être volontaire pour que cela ait un sens. Il faut que les deux parties aient envie de faire un pas l’un vers l’autre, qu’ils aient envie d’enterrer la hache de guerre, de faire des concessions, qu’ils aient envie de s’écouter autour des griefs, des impossibilités à pouvoir continuer ensemble. »

Dans d’autres cas, ce sont soit les deux membres dans le couple, ou un seul des deux partenaires, qui peut refuser le processus de médiation. Le médiateur familial leur propose alors un suivi plus adapté à leur situation, et les oriente vers une psychothérapie individuelle, de couple ou familiale.


L’accompagnement et le soutien que nous apportions à ces familles et à ces couples, leur permettaient de prendre du recul face à leurs difficultés, et de sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvaient.

PASCAL ANGER

Comment un psychanalyste, psychothérapeute, devient-il médiateur familial ? Pascal Anger raconte…

« Pendant ma  formation initiale en psychologie et en sciences de l’éducation, j’ai effectué un stage dans un centre de médiation familiale. Dans cette association située dans le département de Seine Saint Denis, j’ai rencontré des parents qui apparaissaient « désemparés », en manque de repères et de solutions…

Nous tentions de comprendre les familles qui venaient vers nous pour que nous les aidions à traverser des moments d’inconfort émotionnel, de tristesse et de deuil : deuil conjugal, difficultés de communication dans la famille, violence conjugale, conflit de l’après divorce ou séparation, les difficultés éducatives des parents, les répercussions dans la famille des problèmes de comportement des enfants.

L’accompagnement et le soutien que nous apportions à ces familles et à ces couples, leur permettaient de prendre du recul face à leurs difficultés, et de sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvaient.

J’ai poursuivi mes recherches en me rapprochant de psychologues et médiateurs familiaux canadiens, avec qui j’ai passé de longs moments, en France comme au Canada.

Je suis maintenant médiateur familial assermenté auprès du tribunal de Paris, je participe régulièrement à la permanence d’information à la médiation familiale, je reçois des couples et des familles en associatif et en libérale. Je suis analyste des pratiques, et superviseur auprès de différents services de médiation familiale. »

Pascal Anger, médiateur familial, psychothérapeute et psychanalyste :  
http://www.pascalanger.fr/

Petit plus

Durée et nombre des séances

Les entretiens de médiation d’une durée de 1H, 1H30 varient en fonction des sujets abordés. Une séance, avec intervalle de trois semaines, pendant six mois environ, suivant les points et les difficultés évoqués.

Durant les séances les parties parlent de tous les points concrets de la séparation et ce dans l’intérêt de l’enfant.

A la dernière séance les accords des parties peuvent aboutir à un protocole d’accord écrit, remis à chacun (aucune obligation). Le protocole peut être homologué par le juge aux affaires familiales.

Compétences du médiateur

« La formation de médiateur familial est à la croisée du psychologique, du social et du juridique.

Par sa présence, le médiateur familial, indépendant, permet aux individus de se sentir en sécurité pour parler et entendre l’autre. Cet échange donne la possibilité de se rencontrer et d’aborder ensemble leurs préoccupations, afin de prendre des décisions qui les concernent. »

Déontologie

« Que ce soit une médiation familiale de type « conventionnelle » (démarche à l’initiative d’une ou des personnes concernées) ou d’une « médiation judiciaire » (ordonnée par un magistrat), dans les deux types de situations, le cadre, les règles et les principes déontologiques s’appliquent de manière identique. »

Il est possible de renouer le dialogue, de retisser le lien familial

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