Amour et confusion : l’irréalisable fantasme de « faire un »

29 septembre 2016
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Amour et confusion se conjuguent allègrement. On entend souvent ce discours qui évoque le fantasme de « faire un » avec son partenaire ou encore le désir de rencontrer sa moitié. Cette version mythique et antique du couple qui témoigne de l’envie de vivre en accord parfait dans son couple est pourtant une menace pour la vie à deux.

Amour ne rime pas avec fusion, conjonction parfaite, unité idéale ou vie à l’unisson. Il y a même de quoi s’interroger sur ce désir de ne faire qu’un avec son partenaire. Pourquoi en effet dans le discours amoureux entend on souvent ce désir de « faire un » ? Pourquoi ce désir est-il à ce point idéalisé et représenté comme la perfection même de l’amour ?

Si le sentiment amoureux que l’on porte à l’autre est en fait un amour que l’on se porte à soi-même, comment peut-on aimer un autre que soi ?

Cette visée de l’amour renvoie à l’analyse de Freud qui considérait que l’état amoureux était une idéalisation, un processus psychique qui travestit le jugement  en conduisant à traiter l’être aimé comme son propre moi. Or, si le sentiment amoureux que l’on porte à l’autre est en fait un amour que l’on se porte à soi-même, comment, ainsi que se le demandait Lacan, peut-on aimer un autre que soi ? Tout cela est bien compliqué en effet.

Cette confusion est d’autant plus gênante qu’elle entraîne les partenaires dans une illusion de ressemblance qui les conduit vers d’innombrables malentendus et interprétations aussi toxiques que destructeurs. Ils se rendent compte notamment que l’autre ne parvient pas à les aimer comme ils ont envie d’être aimé.

Dans un article « Qu’est-ce que l’amour ? Les internautes répondent ! »  ( le 1er juin 2016 dans femme actuelle) Une internaute définit ainsi l’amour : « L ‘amour c’est se donner entièrement à l’autre, ne faire plus qu’un… jusqu’à souffrir horriblement, si séparation il y a. » La relation est vécue comme un sacrifice dévorant où l’identité de chacun n’a pas sa place et où la dimension de l’altérité est effacée.

La conscience de l’altérité et de la différence construit la vie à deux

Finalement, heureusement que le fantasme de « faire un » est contrarié par la réalité de l’autre et du quotidien. Les désaccords et les classiques scènes de ménage redistribuent la place de chacun. La différence casse le lien illusoire de la ressemblance. Elle installe une relation composée de deux êtres uniques et originaux , bel et bien différents l’un de l’autre. Ainsi, on n’aime plus l’autre parce c’est notre moitié mais parce qu’il (elle) est différent (te).

Une relation à deux, pour qu’elle soit épanouissante et enrichissante se construit  en toute conscience de l’altérité et de la différence de son partenaire. Notre partenaire est un (une) autre, un être à part entière, on l’accepte et on le (la) reconnaît comme différent (te) de soi. C’est pour cela qu’on le (la) désire et qu’il (elle) nous manque. C’est comme ça aussi que l’amour durera.

Pensez-y bien les amoureux !

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