Alain de Botton, Aussi longtemps que dure l’amour

27 février 2017
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Alain de Botton, journaliste, philosophe et écrivain suisse, publie son nouveau roman, Aussi longtemps que dure l’amour, chez Flammarion. A travers Kirsten et Rabih, les personnages de l’histoire, il expose les rouages de la relation amoureuse et son cortège d’erreurs. La cause principale ? Une vision idéalisée de l’amour.

Alain de Botton, surnommé « Docteur Love », après la publication de sa Petite Philosophie de l’amour,  propose d’analyser dans son nouvel ouvrage les mécanismes du couple avec ses hauts et ses bas. Grâce aux deux niveaux de lecture qui structurent son roman, le lecteur profite d’une pause réflexion qui, au fil des pages, accompagne le récit . Kirsten et Rabih forment un  couple ordinaire qui, comme la majorité  des couples, va éprouver la traversée du désert, avec ses désillusions, ses contradictions, ses doutes, ses blessures. Chaque couple affronte ainsi son lot d’épreuves et de lassitude. Ceux qui parviennent à les surmonter sont ceux qui, un jour, acceptent l’idée que rien n’est parfait en ce monde – et surtout pas le couple.

 

L’amour romantique, une vision idéalisée de l’amour

Chaque couple vit sa rencontre, sa déclaration, son romantisme. C’est d’ailleurs à ce moment-là que les histoires d’amour s’arrêtent le plus souvent, dans les romans et dans les films – dans les contes de fée aussi – « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ».  On ne connaît pas la suite, elle s’écrit rarement. Dans son livre, Alain de Botton l’écrit.

Au début, on tombe amoureux parce qu’on reconnaît dans l’autre les qualités que l’on ne possède pas et qui vont nous fournir ce qui nous manque. Dans l’autre, il y a la promesse d’une complétude. Le mariage est l’alliance parfaite qui nous absout de nos faiblesses et de nos fragilités. Le mariage est le lieu sacré du réconfort. Il nous assure d’être compris dans toute notre complexité et d’être aimé comme on a besoin et envie de l’être. C’est l’étape des grandes illusions, de la déférence et du respect, où la patience et l’intérêt pour l’autre semblent sans borne.

 

Pourquoi se marient-ils ?

Comme la plupart des couples, Kirsten et Rabih se marient parce qu’ils aiment la personnalité et les manières de l’autre, et peut-être aussi pour tromper la solitude. Mais, comme tous les autres, ils sont ignorants. Ils n’ont aucune idée de ce que peut vivre et connaître un couple marié dans la durée. Le jour de la cérémonie, on ne leur remet pas un livre qui explique les difficultés, les changements, les erreurs, les déceptions, l’usure dans le mariage. En réalité, Ils s’engagent sans savoir vraiment à quoi. La succession des années, la vie quotidienne se chargent bien de leur faire découvrir dans les détails.

 

Disputes, chamailleries, bouderie… Vous avez dit immature ?

Avec la routine arrivent les chamailleries, les disputes. L’erreur, c’est souvent de ne pas parler sur les sujets de la vie domestique et de ne pas tenter de mieux se connaître en ouvrant un dialogue constructif. On sombre alors dans une bouderie stérile avec le vain espoir que l’autre va nous comprendre, nous deviner.

C’est un « paradoxe émouvant » écrit Alain de Botton que l’enfant qui sommeille en chacun de nous a toujours besoin à un moment donné de l’autre comme parent.

 

Apprendre, c’est accepter de progresser et d’avancer avec l’autre dans l’amour.

 

L’une des tâches principales pour chaque partenaire, c’est de prendre conscience de notre enfant intérieur et de notre impossibilité de répondre à tous les besoins de l’autre.

Savoir qu’en nous, un enfant blessé est toujours là, prêt à surgir à tout moment, nous évite de céder au transfert négatif. Le transfert consiste à exprimer une émotion négative lié à un événement que nous avons subi dans notre enfance. Sans s’en rendre compte, on épanche cette émotion du passé sur notre partenaire qui, de toute évidence, n’y est pour rien.

Il s’agit donc de reconnaître, en toute honnêteté, que nous avons des problèmes et que nous ne sommes pas irréprochables.

Un autre tâche fondamentale, c’est d’accepter mutuellement d’apprendre et d’enseigner à l’autre. Le problème, c’est que l’enseignement et les remarques de l’autre sont souvent pris comme une agression. On pratique alors la technique de la sourde oreille ou on réagit de manière sarcastique. Dommage !

C’est notamment pour cette raison que la relation piétine et même la plupart du temps s’enlise. Apprendre pour corriger nos défauts, c’est évoluer. Apprendre, c’est accepter de progresser et d’avancer avec l’autre dans l’amour.

 

L’amour adultère : pour avoir plus, on prend le risque de tout perdre

La parentalité est aussi une étape dans la vie d’un couple : nouveaux rôles, nouvelles contraintes, nouvelles fatigues, nouvelles indisponibilités. Inévitablement, la sexualité s’en trouve modifiée.

Tout se passe comme si le partenaire devenait frappé d’interdiction sexuelle « L’identité sexuelle de notre partenaire est progressivement occultée par le rôle de mère ou de père… » Le temps que l’on accorde aux enfants est un temps en moins pour notre partenaire. C’est un temps qui sépare comme celui du travail et des tâches quotidiennes.

Paradoxalement, le couple qui partage une vie commune depuis plusieurs années vit dans une incertitude quasi permanente du désir de l’autre. On a besoin de se rassurer. C’est souvent à ce moment-là que l’un ou l’autre succombe à la facilité d’un amour adultère. Cette aventure qui nous paraît légère et nous rassure sur notre pouvoir de séduction nous fait prendre le risque de faire voler en éclats l’amour et la confiance que l’on a construit avec notre partenaire. On prend conscience dans la foulée que l’aventure n’est pas conciliable avec la sécurité.

 

Déposer notre armure pour nous toucher vraiment

La tâche ultime, sans doute la plus forte, la plus constructive, c’est de déposer notre armure. Avoir la force d’accepter nos défauts et nos faiblesses. Renoncer aux mécanismes de défense qui nous empêchent de bien communiquer. Accepter de travailler ensemble, apprendre et enseigner pour grandir ensemble – pour nous toucher vraiment.

Pour compléter les tâches essentielles, en toile de fond, il y a cette conscience subtile et élégante de l’illusion du bonheur permanent. « Il sait très bien qu’il n’a pas le droit de se qualifier d’homme heureux; il n’est qu’un être humain ordinaire qui traverse une brève phase de satisfaction. »

La vie d’un couple ordinaire est faite, comme ça, de pleins de petits bonheurs qui construisent l’extraordinaire écrin de l’amour.

Aussi longtemps que dure l’amour, de Alain de Botton, un roman à découvrir et à discuter à deux.

Belle lecture les amoureux !

 

Alain de Botton,
Aussi longtemps que dure l’amour,
Flamarion, 2016

Alain de Botton,
Petite philosophie de l’amour,
Poche, J’ai lu, 2016

2 reflexions sur : “Alain de Botton, Aussi longtemps que dure l’amour”

  • Ça donne bien envie de le lire en tous cas, merci pour cet article très complet !

    • Oui, c’est un livre plein de réflexions intéressantes, très sensible et parfois très original dans ses sous-thématiques.
      Merci Mistigriffe

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