Chevaucher le dragon pour connaître l’Amour

21 novembre 2018
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Chevaucher le Dragon, c’est bien ce que nous propose  le psychanalyste Jean-Charles Bouchoux. Un exercice délicat, pour peu que l’on ne sache pas bien maîtriser la « bête ». Mais de quel « bête » s’agit-il ? Qu’est-ce que ce Dragon ? Vers quoi nous emmène-t-il ?  Se pourrait-il que ce soit vers l’Amour ?

Chevaucher le Dragon, un titre quelque peu mystérieux, qui nous renvoie d’abord vers un monde imaginaire, ouvert sur la mythologie, les monstres, la puissance, les contes merveilleux. Il devient plus lumineux à la lecture de son sous-titre «Utiliser notre énergie sexuelle comme tremplin vers l’Éveil ». Ce Dragon, serait-il alors une image, un symbole qui représenterait notre énergie sexuelle ? Mais alors, pourquoi devrions-nous la chevaucher ?  Et, si toutefois nous y parvenions, une fois juchée sur cette époustouflante créature, que pourrions-nous bien en faire ?

Dans cet essai à la réflexion débridée, Jean-Charles Bouchoux aborde divers sujets et pose, en toile de fond, des questions essentielles. Il fait remarquer notamment que la durée de vie s’allonge. Qu’allons-nous faire de ce temps nouveau qui nous est donné ? Peut-on maintenir la cadence sur le modèle épuisant de la performance ? Quel avenir pour l’humanité et la sexualité ?

À travers cet essai, publié par les éditions Dervy, l’auteur s’appuie sur les travaux de psychiatres et de psychanalystes, tel que Carl Gustav Jung, Melanie Klein, Jacques Lacan et, plus particulièrement, Sigmund Freud. En nous expliquant la manière dont se construit notre psychisme, il nous montre comment se forgent notre caractère, notre personnalité, et en quoi cela impacte notre façon d’aimer.

Au passage, il brosse un tableau noir et plutôt pessimiste de notre société actuelle. Violence, guerre, attentat, conflit de pouvoir, égo surdimensionné, sentiment de toute puissance, manque de respect, obsession de posséder, objetisation de soi et de l’autre…

Chevaucher le Dragon, c’est aussi un plaidoyer pour la nature, la vie, l’équilibre, l’égalité, le respect, la tolérance,  la paix, la libération de l’énergie…  Tout ce qui fait que l’être humain porte, malgré tout, cette formidable énergie d’amour en lui, mais qu’il ne sait pas comment l’utiliser.

 

Chevaucher le dragon, Jean-Charles Bouchoux

Chevaucher le dragon, Jean-Charles Bouchoux Editions Dervy, 315 pages, 15€

 

 

Qu’avons-nous fait de l’âme de la nature ?

Nous avons nié, méprisé, maltraité, chosifié, dévalisé, pollué la nature : «Élever des animaux sans respect, pour leur seule viande, des plantes dont on retire seulement la molécule active, fouiller la terre sans retenue pour en retirer les énergies enfouies, revient à un nihilisme délétère qui nous a fait perdre le contact avec nos âmes. » Il poursuit « … La négation du dehors est le résultat de notre sentiment délirant de toute puissance qui nous empêche d’envisager l’autre. En nous reconnectant à l’âme du monde, nous nous reconnecterons avec notre âme. »

Ainsi, au fil de son histoire, l’homme se serait éloigné de son âme, de son être naturel, en se construisant une armure sociale. Un artifice douloureux, lourd à porter, car source de conflits et de clivages.

Pour nous réconcilier avec nous-même et notre monde, il nous propose des voies à explorer : le chamanisme, le bouddhisme, le tantrisme, la méditation.

 

les sept chakras

 

Éloigner le Moi, se détendre…

« Se découvrir d’un point de vue psychologique est une aide sur le chemin spirituel. Rencontrer ses pulsions, se connaître permet un bon ancrage dans la réalité. La pratique de la médiation nous amènera à une présence à soi et aux autres. » explique  le psychanalyste.

Il envisage la posture dans la méditation comme un tiers qui nous permet de nous libérer. La méditation a des vertus thérapeutiques :

« La concentration portée sur un objet, respiration, posture… permet d’éloigner le Moi et au corps de se détendre. Effectivement la méditation permet la bonne santé du corps et de l’esprit. C’est-à-dire que le corps et l’esprit sont capables de se soigner par eux-mêmes. À condition d’être libérés du joug du Moi. »

 

Laisser circuler l’énergie

Donner libre cours à notre énergie, c’est comme chevaucher le dragon, sentir et laisser notre libido nous parcourir. Les techniques de méditation permettent de laisser circuler l’énergie à travers nos sept chakras : racine (digestion intérieure), sexe (organes génitaux), plexus solaire (voies digestives supérieures), cœur ( Amour), thymus (système immunitaire),  gorge (glande thyroïde, oreilles), troisième œil (cerveau), couronne ( corps énergétique).

Dans son ouvrage, il décrit un ensemble de postures à pratiquer, seul ou à deux, favorisant la libre circulation des énergies, l’ouverture du cœur, l’altérité, l’équilibre, le sentiment de sécurité, une communication vraie, l’apaisement de l’esprit, le retour à notre unité profonde, une sexualité juste, des états d’extase…

 

« En nous reconnectant à l’âme du monde, nous nous reconnecterons avec notre âme. « 

 

La méditation c’est aussi la voie royale vers la sexualité sacrée et l’Amour, déclare l’auteur de « Chevaucher le dragon ».

« Pour moi, la sexualité sacrée c’est de la méditation. Donc pour comprendre la sexualité sacrée, il faut comprendre la méditation…Le but de la méditation, c’est d’être sans but. »

La sexualité sacrée c’est « Je suis avec l’autre, je suis là, je suis présent … Il faut abandonner toute idée de performance. Dans le Tantra, on apprend par la respiration à faire remonter cette énergie vers le cœur et au-delà… » Il ajoute qu’il est donc possible de faire circuler l’énergie dans le corps et d’éprouver « un orgasme du cœur… Et là, on comprend ce que aimer veut dire. On est amour. »*

 

Vers une humanité nouvelle

D’après Freud tout est sexuel. « Selon lui la libido est l’énergie mise au service de nos pulsions. »

Dans sa théorie du développement psychique, le père de la psychanalyse explique qu’avant de parvenir à la phase génitale, maturité de l’adulte qu’il nomme normalement névrosé, l’enfant traverse des phases successives qu’il doit dépasser. Phase orale de 0 à 1 an, anale de 1 à 3 ans, phallique de 3 à 6 ans. Tout se jouerait avant 6 ans.

Ensuite l’enfant traverserait une période de latence qui l’amènerait, au meilleur des cas, dans une position d’être raisonnable : Il aurait fait le tri entre l’acceptable et l’inacceptable. Il a « accepté la castration. Il sait qu’il n’est pas tout-puissant, qu’il a des défauts et des qualités, qu’on peut l’aimer ou ne pas l’aimer. Il a intégré ses pulsions partielles, sans doute aussi ses aspects féminins et masculins qu’il met au service de sa créativité. Il est fidèle à ses valeurs… »  explique Jean-Charles Bouchoux.

L’homme a atteint sa phase définitive, la phase génitale… Très bien, mais après ? Jean-Charles Bouchoux s’interroge.

 

« Existe-t-il une évolution possible après le génital ? »

Et d’abord, tous n’atteignent pas la phase génitale. Beaucoup restent fixés à une phase antérieure, rattachés au sentiment de pouvoir, demeurant la proie de leur conflit et de leur ambivalence, oscillant sans cesse entre amour et haine.

Et lorsqu’il y a amour, de quel amour s’agit-il au juste ?

Pourquoi n’y aurait-il pas ensuite une phase d’Éveil ? Une phase qui nous allège et nous libère ? Celle justement qui nous permettrait d’atteindre une neutralité apaisante et bienfaitrice, qui pourrait nous conduire vers la joie et la jouissance ? Et si nous devons à nouveau chevaucher le dragon, qu’importe ? Nous savons maintenant comment nous y prendre.

 

Vivre en paix avec les autres et avec soi-même

La joie et la jouissance…Qui peut se vanter dans notre monde, hypocrite et conflictuel, de la connaître vraiment ?

Vivre en paix, tout est là ! Ne plus être la proie de nos pulsions négatives et imprévisibles. « Moins nous employons de mécanismes de défenses, plus nous sommes équilibrés. » nous dit le psychanalyste.

Il faut donc apaiser nos tensions. Mais apaiser nos tensions signifie aussi se libérer de nos pulsions négatives et donc, tout logiquement, nous revenons à l’énergie. Car, rappelons-nous, selon Freud, la pulsion est une énergie.

Comment faire alors quand nos pulsions négatives sont en nous, dans cette zone obscure, inconnue, que la psychanalyse nomme l’Inconscient ? Cette zone, refuge de toutes nos pensées insoutenables, nos frustrations, nos plus grandes déceptions, nos échecs, nos douleurs d’enfance, est devenue une zone de non-droit, inaccessible, verrouillée à double tour, parce qu’inregardable, inacceptable à nos yeux d’être civilisé.

 

Vers l’Éveil

Il semblerait que ce monstre aux mille blessures qu’il faut maintenir caché, renfermé, de peur de rencontrer cet autre que l’on ne veut pas voir, celui que l’on a oublié…abandonné, aurait une origine très lointaine dans notre histoire. L’Inconscient viendrait-il de nos expériences archaïques, de nos couches ancestrales ? De notre primate ?

Est-ce cela que Jean-Charles Bouchoux suppose lorsqu’il nous dit que «l’Inconscient est le Sauvage» ? Ce Sauvage qu’il nous décrit comme «… ni bon ni mauvais, ni gentil ni méchant… Pas d’état d’âme chez le Sauvage, les états d’âme ne servent à rien. Mais le Sauvage connaît la joie et sans doute la jouissance.»

Se libérer de notre être social, de notre Moi. Chasser nos démons, nos peurs, nos angoisses. Grâce à ce lâcher-prise, atteindre la paix intérieure. Se nettoyer pour mieux renaître. Et, dans cette nouvelle lumière… Accepter notre Sauvage, regarder le monde autrement, envisager soi et l’autre différemment, connaître l’Amour.

Chevaucher le Dragon, une piste de réflexion sur la vie et l’amour… Non pas à méditer, mais à réfléchir.

 

 

*Interview de Jean-Charles Bouchoux sur son livre « Chevaucher le dragon »  par Brigitte Lahaie pour son émission « Sexualité et psychologie » sur Sud Radio.

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