Sexualité, la voie sacrée de Gérard Leleu

31 août 2017
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Sexualité, la voie sacrée… Y aurait-il un nouvel horizon pour  le couple de demain ? Une voie d’excellence qui élargirait les consciences ? Une voie d’exception qui donnerait à la sexualité la splendeur des jours anciens ? Redonner à la relation sexuelle sa vraie place, sa valeur transcendantale, son sens ! C’est le grand espoir de Gérard Leleu,  dans son dernier livre paru aux éditions Guy  Trédaniel.

Sexualité, la voie sacrée est un retour aux sources. Gérard Leleu, l’auteur du célèbre Traité des caresses, médecin sexologue et thérapeute de couple, retrace l’histoire de la sexualité et la genèse du concept de l’amour.

Il nous apprend notamment  que, dès le paléolithique supérieur (35 000 av J.-C),  la femme est une déesse, admirée, vénérée. Il faut dire que l’organisation humaine vit alors sous un régime matriarcal. La femme est chef de famille, chef de clan et… déesse. C’est le temps où le corps n’est ni impur ni dangereux. Le temps où le plaisir n’est  pas encore un péché honteux et condamnable.

On trouve des traces du matriarcat jusqu’au néolithique (6 000 ans av J.-C). Gérard Leleu  explique que ces civilisations qui se développent du Moyen-Orient jusqu’à la Méditerranée, brillent par leur côté pacifique et profondément vivant.

Mais c’est surtout le temps de l’alliance. La femme règne mais ne gouverne pas. Il n’y a pas d’esprit de dominant/dominé. C’est une société égalitaire basée sur l’association, la coopération et le partage.

A cette époque, l’homme est fasciné par le désir que la femme suscite en lui et le plaisir qu’elle lui procure. On la célèbre, on l’honore, on l’implore, on la remercie. Mais cela ne dure pas…

 

Le long supplice féminin

Au fil du temps, tout s’assombrit. Une lutte se dessine, profilant la guerre des sexes. D’après Gérard Leleu, les grands changements s’amorcent lorsque l’homme découvre que la femme ne peut créer la vie sans lui.

« Alors, l’homme se met à graver et à sculpter dans la pierre des phallus érigés avec la même frénésie qu’il l’avait fait pour la vulve. » L’autorité du père s’impose et finit par l’emporter sur celle de la mère.

Entre 5000 et 1500 av J.-C, des nomades, venus du nord de l’Eurasie portent un coup fatal à l’alliance homme-femme. Ce sont des éleveurs itinérants, des guerriers et des misogynes. Ils massacrent les populations, détruisent les cités, violent et soumettent les femmes en  imposant leur domination de mâle.

De déesse libre et magnifique,  la femme devient pécheresse, juste bonne, comme le pensait Aristote,  à servir de récipient  pour recevoir le sperme de l’homme. C’est ainsi que durant des millénaires, les hommes vont rabaisser la sexualité de la femme à grand renfort de dogmes brandis par les religions : judaïsme, christianisme et islam.

 

Les Pères de l’église font les textes et créent les dogmes qui les arrangent

 

Persécutée, soumise, humiliée, diabolisée, culpabilisée, la femme va connaître un interminable calvaire. Le mythe du « péché originel » rendant Ève responsable de la faute et du malheur de l’humanité, va justifier son déclin et sa condamnation. Ce sont les Pères de l’Église qui élaborent une doctrine et une morale visant à structurer la pensée et les mœurs de l’Occident. Il y est question de séparer le corps de l’esprit, de repousser le désir charnel, de mépriser la femme associée à la sexualité, au mal et au péché.

Pourtant, comme le précise Gérard Leleu, dans la Bible, Dieu invite l’homme et la femme à s’unir, à la fois spirituellement et socialement. Et Jésus considère la femme comme l’égale de l’homme. Mais les Pères de l’église font les textes et créent les dogmes qui les arrangent. Ils fondent leur pensée et leur théologie à partir de leur propre répulsion sexuelle, de leurs ressentiments. C’est le cas en particulier d’Augustin, de Cyprien et de Jérôme.

Selon Gérard Leleu,  elles traduisent leur propre obsession, leur propre peur de la sexualité.

Augustin, en particulier, qui instaure la culpabilité sexuelle en Occident pour 17 siècles. Malgré la toute récente libération sexuelle des années soixante-dix, les femmes et les hommes en portent encore les traces dans leur manière de vivre leur sexualité.

C’est pour cette raison sans doute que, de nos jours, après l’interdiction du plaisir imposée par l’église, est venue l’obligation du plaisir, imposée par notre société moderne, réduisant l’humain à un état de « producteur-consommateur ».

« Cette société est pire que matérialiste, elle est technicienne […] La technique, c’est le pouvoir rationnel – sur les hommes et sur la nature – sans autre finalité que le rendement pour le rendement, la croissance en soi, la performance en soi ; le bonheur est alors un alibi, non un but réel. L’homme n’est plus qu’un producteur-consommateur et non une personne, la nature n’est qu’un réservoir de matériaux et non une entité sacrée ; ni l’un ni l’autre n’ont plus de mystère, de magie, de surnaturel, d’enchantement. », déplore le sexologue.

 

Libération sexuelle : entre vide et aliénation 

Après la répression, la libération : c’est comme si on voulait rattraper des siècles d’interdiction.

Selon lui, la sexualité comble le vide de chacun, porté par aucune philosophie de vie « …une société qui manque de sens et de projets. »

C’est ainsi que la sexualité se consomme, limitant l’acte sexuel à un ensemble de techniques et de performances, et le (la) partenaire à un simple objet de plaisir égoïste.

L’inconscient collectif porte encore bel et bien les stigmates de la peur de la sexualité et de l’interdit religieux. Considérée comme sale, honteux et coupable, l’acte sexuel s’exerce encore par certains dans l’humiliation, la domination et le mépris de la femme. La pornographie en est le plus lamentable exemple montrant la femme comme « une poupée jouissante soumise à l’homme ou comme « une chienne qui ne pense qu’à ça. »

Face à cette image dégradante, certaines femmes réagissent en retournant le problème et en soumettant l’homme.

Bien loin la belle alliance homme-femme du temps de notre préhistoire…

Les mentalités ont ainsi étaient façonnées par les messes, les offices, la prière, le catéchisme qui ont conditionné la vie entière des occidentaux.

Selon Gérard Leleu, ces dogmes sont  à l’origine des perversions, de la misère sexuelle, de l’homosexualité, de l’angoisse, des névroses, des psychoses et du mâle-être. Notamment des tortures, des guerres et de la poursuite de l’argent. Tant de maux à cause d’une peur incontrôlée. Celle d’une énergie vitale – l’énergie sexuelle.

Mais que faire alors ? Comment redonner à la sexualité sa force naturelle, comment retrouver la félicité de l’amour déculpabilisé ?

 

 

Sexualité, la voie sacrée
Gérard Leleu,
Editions Guy Trédaniel

 

 

D’autres religions pourtant n’ont jamais cessé de célébrer la sexualité. Dans le taoïsme, la sexualité est un acte naturel, beau et sacré. L’art d’aimer taoïste a d’ailleurs été influencé par le tantrisme originaire de l’Inde, précise Gérard Leleu. Le tantrisme, dont on trouve le premier traité en sanscrit au VIème siècle av J.-C, est à la fois une religion et une philosophie. « Il enseigne une façon de vivre et d’être au monde….et débouche sur un haut niveau de conscience. »

Le tantrisme célèbre l’acte sexuel qui se pratique dans la lenteur, la sensualité et le raffinement. Il s’agit de respecter et d’honorer les corps. L’homme, en particulier, vénère la femme quels que soient sa beauté et son âge, car toute femme est une shakti. Elle porte en elle la déesse et la puissance créatrice.

Pratiquée dans une juste mesure, sans aller jusqu’à sa dimension religieuse qui vise à utiliser les partenaires, particulièrement la femme, comme un instrument d’accès au divin, cette approche de la sexualité est un moyen pour le couple de s’accomplir. Gérard Leleu  explique qu’elle renforce l’attachement, la tendresse, la gratitude, les liens et le désir. Tout ce qui participe , en somme, à la durée d’un couple.

 

Ces hommes qui ont permis la naissance de l’amour

Le concept qui structure et formalise avec des mots ce qui rapproche et unit l’homme à la femme, apparaît avec la contestation de la théorie d’Augustin. Quelques Pères de l’église, et notamment Grégoire de Nysse au Moyen Âge, se montrent plus ouverts au respect du corps. Thomas d’Aquin ose parler de « douceur » entre époux durant l’acte sexuel. La notion d’amour commence à voir le jour. Du moins, on accorde un sens nouveau au mot « amour » jusque-là connoté à l’animalité, la passion libidinale, la folie esclavagiste. En l’an 1000,le concept d’amour entre l’homme et la femme n’existe pas encore.

Gérard Leleu explique que l’absence de sentiment amoureux entre l’homme et la femme se justifiait par le mépris que l’homme témoignait à la femme, considérée comme inférieure.

Ce sont les poètes qui, à partir du Xème siècle, sont les premiers à comprendre les envies des femmes.  Elles veulent être respectées et aimer par leur conjoint. Ils émettent alors l’idée que les hommes ne devraient pas avoir honte d’éprouver un sentiment amoureux pour leur femme. C’est le cas de Guillaume IX, Bernard de Ventadour et Jaufré Rudel.

Au XIIème siècle, les troubadours redécouvrent le principe tantrique, c’est à dire l’élévation de l’énergie sexuelle aux centres nerveux supérieurs permettant l’extase mentale. Ainsi le désir non satisfait est transformé en amour spirituel. C’est ce que Freud nommera la « sublimation ».

On éprouve la communion des âmes, sans contact des corps. L’amour courtois a tout de même ses limites car il se pratique dans l’adultère et non entre conjoints. Le mariage étant à cette époque-là une pure association d’intérêts, il était admis que la dame pouvait vivre un sentiment amoureux (en toute chasteté) avec un amant courtois. Ainsi, selon les penseurs courtois du XIVème siècle, il serait mieux de vivre ce sentiment dans le couple conjugal.

Vivre pleinement sa relation amoureuse en harmonisant les corps et les sentiments dans un amour véritable, sans mensonge ni hypocrisie, c’est tellement mieux !

 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le sentiment amoureux a certes évolué, mais il reste fragile et malheureusement éphémère. Peu de couples parviennent à s’épanouir et à connaître la joie et le bonheur ensemble.

Convaincu du nécessaire contrepoids du plaisir dans la vie des hommes, par ailleurs tellement contraignante, stressante et souvent douloureuse, Gérard Leleu s’interroge.

La sexualité inquiète, perturbe, dérange. Elle est encore tabou pour certains, obsessionnelle pour d’autres. On la comprend mal. On ne la célèbre pas. Elle n’honore pas les corps. Pire, il semblerait qu’elle soit souvent reliée à une pulsion de mort au regard des pratiques sadomasochistes et des insultes utilisées pendant l’acte sexuel. Pourquoi  ? Que cachent tous ces manifestations négatives?

La réponse est sans détour  « La vérité, c’est que la femme et l’homme s’emmerdent au lit. » déclare Gérard Leleu. Rien n’y fait, les scénarios sado-maso, l’échangisme… Le problème, selon lui, vient que « …la sexualité de nos jours n’a pas de sens. »

Il est temps de redonner à la sexualité sa dimension sacrée, annonce t-il. L’amour doit se réaliser  dans un certain état d’esprit. Il doit se faire le mieux possible, vers une forme de perfection qu’il oppose à la performance. « …l’émerveillement, le « vivre au présent », l’attention, l’abandon, la lenteur et le recueillement. »

Un espoir pour les couples en quête d’amour  profond. Une voie  pour  notre sexualité. L’alliance homme-femme enfin retrouvée dans le sens et l’harmonie ! Sexualité, la voie sacrée pour faire l’amour  autrement… et vivre l’unité.

Comment trouver ce chemin si prometteur pour le couple ? Quels rituels peuvent nous y aider ? Comment faire l’amour divinement ? Les réponses sont à découvrir dans le livre de Gérard Leleu. Un incontournable qui pose la question essentielle du devenir de la sexualité humaine dans notre civilisation occidentale.

Belle lecture les amoureux !

 

 

 

 

 

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