L’amour « zéro risque », ça existe ?

9 septembre 2016
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L’amour se parle, s’expose, se filme, s’écrit… il est partout. On le trouve en tête d’affiche, au théâtre, au cinéma, dans les magazines, dans les livres. Cette omniprésence cache pourtant une grande absence. Autour de l’amour règne le spectre de la prudence, du doute, de la méfiance.

L’amour semble figé dans une peur intime et paralysante. La peur de se tromper, mais aussi la peur de souffrir. On le recherche éperdument et on s’en protège frileusement. Alors, pour ne pas tomber dans l’amour, on le consomme, c’est moins risqué et c’est sans engagement. C’est sans doute ce qui explique le déploiement des sites de rencontres. La recherche de l’autre se fait à partir de critères désormais très précis :  niveau intellectuel, niveau social, âge,  goûts, poids et mensurations, hobbies,  photo, et, cerise sur le gâteau, le signe astrologique ( des fois que dans le ciel, il y ait aussi des informations à ne pas rater). Force est d’admettre qu’avec tout ça, le déclic naturel n’a plus vraiment sa place. La rencontre devient calculée et mesurée. C’est mort pour l’amour vrai, nous sommes passés à l’ère de l’amour aseptisé. En parlant de certains slogans publicitaires du site Meetic  : « Ayez l’amour sans le hasard !  » ou « On peut être amoureux sans tomber amoureux » ou encore « Vous pouvez parfaitement être amoureux sans souffrir », Alain BADIOU*, philosophe et écrivain,  déclare : « …cette propagande publicitaire relève d’une conception sécuritaire de l' »amour ». C’est l’amour assurance tous risques. » On se donne toutes les chances pour que ça marche et puis, après tout, si ça ne marche pas, ce n’est pas si grave, on a d’autres Curriculum vitae sous le coude. D’abord, on teste, on essaye. C’est un peu comme dans le monde du travail, « je te prends à l’essai, après on verra. »

Il faut réinventer le risque et l’aventure, contre la sécurité et le confort. »

Si la prudence reste utile au début de la rencontre, on doit veiller à ne pas trop la cultiver. Selon Alain Badiou, l’amour sécuritaire engendre l’idée que « l’amour n’est qu’une variante de l’hédonisme généralisé, une variante des figures de la jouissance. Il s’agit ainsi d’éviter toute épreuve immédiate, toute expérience authentique et profonde de l’altérité. » Cette attitude économe contrarie le fondement même de l’amour. « Il faut réinventer le risque et l’aventure, contre la sécurité et le confort. » s’insurge notre philosophe. En somme, « L’amour est à réinventer » comme le pensait déjà Arthur Rimbaud. Car l’amour, aussi magnifique soit-il, est une création à deux, avec son cortège de difficultés, de conflits, de désillusions, d’abnégations et de mille autres choses encore. C’est une expérience unique qui construit le « Deux ». « L’amour,…c’est une construction, c’est une vie qui se fait, non plus du point de vue de l’Un, mais du point de vue du Deux. » Autant dire que l’amour « zéro risque », même en prenant toutes nos garanties, ça n’existe pas ! Dès lors que nous rentrons en relation avec l’autre, nous éprouvons la réalité de la différence. Nous apprenons à vaincre notre égo qui sans cesse s’obstine à combattre l’autre pour prendre le pouvoir. C’est à ce prix que l’amour se construit  et c’est là que l’histoire du couple commence. Pour que l’amour existe, il faut en prendre le risque.

*Alain BADIOU avec Nicolas TRUONG, « Eloge de l’amour », Edt : Flammarion

2 reflexions sur : “L’amour « zéro risque », ça existe ?”

  • Réflexion pertinente, comme toujours. Aujourd’hui, on « consomme » de l’amour. Mais est-ce alors encore de l’amour … ?

    • Tout à fait, Mistigriffe, c’est la question que l’on peut se poser. C’est pour cette raison que Alain Badiou pense qu’il faut sauver l’amour.

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