Le grand amour, fiction ou réalité ?

24 avril 2017
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Le grand amour existe t-il vraiment ? Et si il existe, à quoi ressemble t-il ? Dans son émission « Grand bien vous fasse » sur France Inter, Ali Rebeihi interroge deux philosophes et un psychothérapeute  sur le grand mystère du sentiment amoureux. Il semblerait que le plus grand danger de l’amour ait un nom : idéalisation.

Le grand amour, une histoire qu’on raconte dans les livres, qui se joue dans les films. Une histoire, que tout le monde veut vivre un jour. Elle est magnifique, et doit ressembler à cette image qu’on en donne. Car le grand amour a une image. C’est la passion dévorante qui nous fait perdre la tête. L’amour commence par un choc amoureux rappelle Olivia Gazalé, philosophe, « Au début d’un amour,  tout amour est grand…On assiste presque un peu à notre propre dissolution dans l’autre. On se rend à lui, donc il y a une espèce d’abandon dans l’amour. » Sorte de perte de contrôle dans lequel on aime se laisser glisser, de courant dans lequel on se laisse emporter. C’est bon de sentir cette énergie amoureuse nous porter et transcender le quotidien.

Pourtant, si l’on fait des pieds de nez au quotidien lors de la passion  amoureuse, il revient à grand pas quand l’élan s’affaiblit. C’est à ce moment là que l’idée du  grand amour prend son premier coup. Après le choc amoureux vient le choc des désillusions. Beaucoup croit que l’amour est un feu qui doit brûler avec ardeur tout le temps. Serions-nous tous des Roméo et Juliette, des Tristan et Iseut en puissance ? Serions-nous d’éternels et incorrigibles romantiques. ? Pour être beau, formidable, exceptionnel, l’amour doit-il toujours être puissant, passionné, intense ? Pour être grand, doit-il être idéal ? Et pour couronner le tout, doit-il être une souffrance ?

 

L’amour, ni fatal, ni idéal

Notre culture occidentale nous dit que c’est beau d’aimer, que c’est inévitable, vital. A tel point  que « on nous apprend à aimer aimer. On désire aimer avant même de trouver un objet à aimer. » poursuit Olivia Gazalé. Elle ajoute « Toute notre  vision occidentale est axée sur cette vision de souffrance[…]L’amour naîtrait d’une souffrance, c’est à dire qu’on serait incomplet. L’amour serait exacerbé par la souffrance puisqu’un sait très bien que un texto qui ne vient pas, un appel qui ne vient pas, ça ne fait que amplifier notre désir et l’amour pourrait même se terminer, s’achever par la mort, c’est le mythe de Tristan et Iseut. C’est de tout ça dont il faut se défaire, cette idée d’un amour qui est forcément fatal et tragique. »

Thomas D’Asembourg, philosophe,  abonde dans ce sens en expliquant que l’on vit dans la confusion. Les grandes histoires d’amour influencent. Elles inspirent notre manière d’aimer et d’envisager l’amour. Le problème c’est que les belles histoires d’amour s’arrêtent avant d’avoir vraiment commencé. Elles s’arrêtent quand les deux partenaires s’aiment encore d’un amour brûlant. Somme toute avant la vraie vie. Il évoque Roméo et Juliette,  disant qu’ils sont morts tout de suite, avant d’avoir connu la réalité du quotidien, les disputes, les contraintes familiales, les frustrations. Difficile en effet d’imaginer Juliette avec un enfant sous le bras demandant d’un air renfrogné à Roméo, de l’aider un peu plus dans les tâches ménagères de la maison. Un mythe serait cassé. Celui de l’amour idéal, propre, intense, passionné, sans colère, sans crise.

 

Comment allons-nous chacun garder le feu sacré malgré la finitude du quotidien ?

 

Le grand amour peut-il être autre chose qu’un idéal éphémère ? L’amour peut-il durer ? Oui mais il faut le « désidéaliser ». L’idéalisation serait le poison de l’amour. C’est sans doute pour cela que les couples se séparent si vite. Selon lui, un amour qui dure est un amour qui s’adapte à l’adversité et qui la dépasse. « Un amour profond va au-delà de la période flamboyante de la séduction. » La question  la plus cruciale est « Comment allons-nous chacun garder le feu sacré malgré la finitude du quotidien ? »

Il va falloir penser l’amour autrement, pour le vivre sur le terrain, tous les jours. L’amour n’est pas un texte parfait qui se déclame dans un décor idéal. L’amour s’éprouve dans les couches de bébé, les courses, le ménage, le travail, un budget pas toujours facile à boucler et la recherche du consensus entre les deux partenaires pour vivre en bonne harmonie.

Une réalité qui se confronte à la fiction. Une réalité qui nous remet dans la force du vrai. C’est dur, mais on peut y arriver. D’ailleurs c’est la recherche de chacun explique le philosophe Martin Legros. Malgré la remise en cause de la vie en couple, plus particulièrement du mariage dans les années soixante, imposée par la vague de libéralisation sexuelle, il semblerait que le mythe du grand amour revienne en force avec l’idée qu’il s’inscrit dans la durée. « L’amour est devenu aujourd’hui le lieu d’une résistance contre la fragilité généralisée des rapports, et donc on admire la durée. Mais c’est vrai que l’amour réel  est parfois d’une intensité brève[…]Mais je crois qu’il y a quelque chose d’une mythologisation  contemporaine de l’amour au nom de l’amour qui dure. »

 

En finir avec l’idéalisation de l’amour

La difficulté consiste à prendre conscience que l’amour qui dure n’est pas un grand amour parfait.  Le danger, selon lui réside dans l’idéalisation de l’amour. « […] dans la mesure où cet amour formidable que nous racontent  la littérature et les films a tendance à se retourner contre la vie. » Il y aurait un refus du réel, un refus de renoncer au grand mythe, ce qui expliquerait, peut-être, le nombre croissant des célibataires.  « […] Combien d’existences aujourd’hui abandonnées de solitude amoureuse, précisément parce qu’elles n’ont pas voulu de ce que le réel ne correspondait pas à l’idéalisation contemporaine de l’amour. » déplore t-il.

La notion de routine est en ce sens une conséquence fatale de l’idéalisation. Responsable de tous les maux, elle porte un coup définitif à l’idée de l’amour. On l’agite comme un épouvantail. C’est elle qui tue la passion amoureuse. C’est par elle que l’amour s’essouffle. Une vision bien « immature » de l’amour nous dit Olivia Gazalé.

Il existe en effet mille et une manière de garder notre amour vivant, en commençant par être soi-même vivant. Soyons vivant et le grand amour vivra !

Belle vie les amoureux !

 

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