Les couples On-Off, c’est quoi ?

8 février 2020
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Les couples On-Off ont fait leur choix. Celui de partager leurs sentiments mais pas leur logement. Aujourd’hui chez l’un, ce week-end chez l’autre, un jour avec, et un jour sans… Qui sont ces couples qui vivent leur amour en alternance ? Pascal Anger, psychothérapeute, nous aide à les découvrir.

Les couples On-Off, plus communément appelés CNC « couples non cohabitants » sont, pour la plupart, d’ardents défenseurs du « Chacun chez soi ». Leur philosophie consisterait, entre autre, à éviter le pire pour vivre le meilleur. Sans doute un petit clin d’œil amusé aux couples mariés, qui s’engagent « Pour le meilleur et pour le pire ».

Selon une étude de l’Insee*, en 2011, parmi les 32 millions d’adultes Français déclarant vivre en couple, 1,3 million ne vit pas sous le même toit. Cela concerne avant tout les jeunes de moins de 30 ans (plus de la moitié d’entre eux), mais aussi des personnes entre 30 et 59 ans (un couple sur dix). On trouve également des couples non cohabitants chez les personnes de plus de 75 ans. Cela s’explique notamment en raison d’un placement dans un établissement pour personnes âgées ou d’une longue hospitalisation.

Deux grandes catégories de couples On-Off

D’un côté les désenchantés : souvent de vieux routards de la vie à deux, déjà divorcés au moins une fois, qui n’ont plus envie de rejouer les mêmes difficultés pour revivre les mêmes déceptions. Ils préfèrent alors laisser une distance de sécurité suffisante avec leur partenaire pour profiter de leur relation amoureuse avec plus de légèreté : « Pour protéger leur bulle, après une séparation ou une désillusion, certaines personnes préfèrent le chacun chez soi, afin que le « je » ne se mélange pas au  » nous «  explique Pascal Anger. « Ces couples souhaitent des relations stables, mais légères au quotidien. » précise-t-il.

De l’autre côté, il y aurait les désengagés qui se protègent de ce qui représente un danger pour eux. Par exemple celui d’avoir sauter le pas et de se retrouver dans une vie qui ne leur conviendrait pas. L’engagement fait peur, rappelle le psychothérapeute : « C’est une étape importante pour un couple que de s’installer ensemble. Une décision que l’on ne prend pas à la légère. Certains couples hésitent, ils ont peur de l’engagement et des projets communs. »

L’amour à la carte

« Ce soir chez toi, demain chez moi », une formule idéale alors pour les amoureux de l’amour sans contrainte  « Un mode de vie qui permet de vivre la relation au jour le jour. « Pas de contrainte ni d’obligation » est le nouveau slogan des couples qui s’aiment. Le tout est de savoir concilier éloignement et amour. Cela n’empêche pas d’être soucieux du bien-être et du désir de l’autre. » ajoute Pascal Anger.

Un mode amoureux bien commode qui consiste à ne pas subir un menu quotidien à l’arrière goût de réchauffé. On garde les piments, les aphrodisiaques, les denrées fraîches et appétissantes, mais surtout, on évite les arêtes, qui ne manquent pas d’être servies, lorsque l’on vit sous le même toit !

Etre ou ne pas être là : l’art de se faire désirer

Convaincus que la routine tue l’amour, les couples On-Off défendent l’idée qu’il est important de bénéficier des deux options « ouvert ou fermé » dans leur relation amoureuse : être ou ne pas être… là, tous les jours avec notre partenaire, permet tout simplement de se faire désirer. Le psychothérapeute explique ainsi le processus qui se met en place :

« Auparavant, le chacun chez soi paraissait comme une période transitoire avant l’engagement, mais de plus en plus de couples résistent à l’idée d’habiter ensemble. L’absence de l’autre favorise le manque et nourrit le désir. »

L’autre peut aimer nos enfants, mais ne pas se sentir capable de les voir tous les jours.

Pascal Anger

Hormis l’exclusion de la routine, les témoignages donnés par les couples non cohabitants, laissent apparaître encore bien d’autres avantages : c’est l’occasion de se réaliser en se consacrant du temps rien qu’à soi, en profitant de son espace, en vivant davantage à son rythme, en développant son autonomie, son indépendance, et ses ambitions professionnelles.

Par ailleurs, pour beaucoup de personnes vivant avec leurs enfants issus d’une relation précédente, c’est aussi l’occasion de maintenir un certain équilibre en évitant les recompositions familiales, souvent délicates et compliquées. Ainsi, chaque parent peut se consacrer pleinement à ses propres enfants.

« Pour les personnes qui ont des enfants, le chacun chez soi permet de mieux vivre son rôle de parent et d’amant. On se sent moins tiraillé entre les deux. Ce peut être une solution intéressante pour les familles recomposées ou celles ou ceux qui souhaitent rester en famille monoparentale. L’autre peut aimer nos enfants, mais ne pas se sentir capable de les voir tous les jours. » explique Pascal Anger.

Le couple est sans cesse en mouvement, il doit pouvoir s’interroger sur ses besoins, ses envies, et savoir rester en évolution.

Pascal Anger

Pour autant, les couples On-Off, durent-ils plus longtemps que les autres ? Pas forcément. Pour que cela fonctionne, il est indispensable que le choix de ce mode de vie en amoureux relève d’une même motivation de la part des deux partenaires.

Toutefois, même en accord sur ce principe de base, les événements et les conceptions de la vie à deux peuvent évoluer au fil du temps. Il se peut que l’un ou l’autre révise alors sa manière de concevoir la vie à deux et, ne supportant plus l’amour alternatif, exige l’amour en continu. « Le couple est sans cesse en mouvement, il doit pouvoir s’interroger sur ses besoins, ses envies, et savoir rester en évolution. Ce qui nous a plus un moment peut ne plus nous satisfaire. A chaque âge ses plaisirs, ce qui a fonctionné à un moment, peut ne plus fonctionner. » prévient le psychothérapeute.

Une étape transitoire

Il est juste également de préciser que de nombreux couples vivent sur le mode On-Off plus par choix forcé que par choix délibiré. C’est le cas pour un bon nombre de jeunes. D’après l’étude de l’Insee en 2011, un tiers des jeunes non-cohabitants sont des étudiants qui vivent encore chez leurs parents. Rappelons, à ce sujet, que plus de la moitié des personnes en couple non-cohabitant est âgée de moins de 30 ans.

Pour ces jeunes couples, l’amour chacun chez soi, constitue alors davantage une étape transitoire, avant de vivre ensemble sous le même toit.

Ce mode de vie, ne doit pas être une relation par défaut de deux êtres blessés.

Pascal Anger

Pour vivre un amour On-Off serein et heureux, les couples doivent toutefois valider un certain nombre de pré-requis. Car, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la vie amoureuse vécue à distance, comporte aussi ses ombres, ses contraintes et ses difficultés. « Pour bien vivre le chacun chez soi, il est important de bien vivre la solitude, de ne pas être dans une jalousie qui va nous ronger lorsque l’autre est absent, mais aussi d’être honnête avec soi et avec l’autre. «  rappelle le psychothérapeute.

S’interroger sur nos ressentis

Pour cela un travail préalable sur soi est indispensable. Etre au clair avec soi-même, se connaître suffisamment, savoir qui l’on est, et pour quelles raisons réelles nous choisissons cette manière de vivre en couple. « Ce mode de vie, ne doit pas être une relation par défaut de deux êtres blessés. » explique Pascal Anger, « Il semble important de se poser la question du suis-je bien dans cette situation ? Ai-je des manques ? » poursuit-il.

S’interroger sur nos capacités

Ce travail est d’autant plus nécessaire quand la décision de vivre séparément est imposée par l’un des deux partenaires. Il est alors crucial de savoir si l’on est capable d’accepter les mauvais côtés de la situation :

Accepter les doutes, les incertitudes, l’absence de projets importants pour l’avenir, l’attente du lendemain dans la maison vide, et, sauf pour ceux qui sont parvenus à l’installer véritablement malgré l’alternance, renoncer à une intimité profonde, à un sentiment de sécurité au quotidien. Il est donc important de faire la liste de ce qu’on l’on perçoit comme des inconvénients, afin d’évaluer nos capacités réelles à les accepter, pour ne pas avoir à les supporter comme des frustrations, néfastes à notre bien-être personnel.

Pas de modèle idéal

Amour non cohabitant ou libre ? Amour marié ou pacsé ? Pour ce qui est de la durée ou de la tranquillité du couple, aucun modèle n’est un gage de réussite, ni de certitude. Ce qui est certain, c’est que l’existence de chacun d’eux, est la manifestation concrète d’un désir universel, commun à tous les êtres de notre planète : vivre à deux, un amour unique et harmonieux.

*Insee (institut national de la statistique et des études économiques) : enquête Famille et logements 2011

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