Les effets du confinement

28 avril 2020
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Dans la perspective d’un plan de déconfinement progressif qui débutera à partir du 11 mai prochain, les effets du confinement interrogent. Quel impact sur notre psychologie, nos comportements ? Comment s’en protéger ? Peut-on les dépasser ? Eclairage sur les risques potentiels de la quarantaine, une expérience troublante et inédite, qui pourrait peut-être nous transformer…

Alors que la France semble s’engager dans la voie d’un déconfinement progressif, l’interrogation sur les effets du confinement se pose. Comment chacun(e) d’entre nous vit-il (elle) cette situation inattendue, et inévitablement déstabilisante ? Quels peuvent être les effets du confinement sur notre vie psychique, physique et sociale ?

Habituellement installés dans une relative stabilité et tranquillité, l’arrivée fulgurante du Coronavirus a subitement tout chamboulé dans notre vie. Nous sommes des êtres attachés à la sécurité, au contrôle, au prévisible. Un prévisible pourtant bien illusoire, comme nous le démontre le SARS-COV-2.

Dans son livre « J’arrête les croyances limitantes » Marion Blique, psychologue clinicienne et praticienne en EFT, montre notamment comment nos vies s’inscrivent dans ce schéma illusoire de la vie prévisible, mais aussi comment un événement imprévu peut entièrement changer notre vie.

Quand l’incroyable arrive

La psychologue explique que lorsqu’un événement inattendu survient, c’est tout notre système qui est perturbé. L’ordre établi est bouleversé, et nous ne pouvons concevoir spontanément cette nouvelle donne qui bouscule tous nos repères. Pour cette raison, avant de consentir à regarder la réalité en face, certains(nes) ont souvent recours au déni, un mécanisme de défense qui repousse l’expression d’une menace trop intense et trop douloureuse.

Des schémas en déroute

Au début de l’épidémie, un certain nombre de personnes percevait le virus avec une certaine légèreté. Leur expérience faisait qu’ils l’associaient au virus de la grippe, un virus identifié et contrôlé par la science. Mais, face à la vélocité du SARS-COV-2 et à son comportement déroutant, une croyance tombe : l’humain n’est ni tout-puissant, ni omniscient.

L’humain est vulnérable, et son impériale omniprésence sur la terre, ne le rend pas pour autant capable de résister totalement ni de comprendre la complexité d’un micro-organisme acellulaire. L’humain n’est pas prêt à affronter le monde mystérieux et imprévisible des virus.

Erreur dans le choix des priorités ?

Dans sa course effrénée à la surexploitation des sols et des océans, à la surproduction et à la surconsommation, dans sa soif addictive de profit et d’expansion, il en oublie l’essentiel : Que sera l’humain sans la santé ? Que sera l’humain dans la pollution d’une planète pillée et dévastée ?

Malgré ses formidables avancées, ses chercheurs(ses) passionné(es), on découvre aussi les tâtonnements de la science : ses incompréhensions, ses limites, et dans la foulée, hélas, ses faces les plus obscures, ses conflits d’intérêts, ses polémiques. Autant d’éléments dérangeants qui portent un coup à nos croyances, et viennent fragiliser notre système.

La quarantaine est une mesure de santé publique qui a un « impact psychologique considérable pour les personnes touchées. »

L’obligation d’entrer dans le confinement a donc pour certains(nes) était un choc, vécu comme une annonce surnaturelle. Un peu comme un film de science fiction qui deviendrait réel. La menace était donc bien là. Le virus, bien qu’invisible, incarnait un danger bien concret qui se propageait d’une manière surprenante. Ainsi, pour pallier les insuffisances, faute de protection (masques) et de dépistage (tests), faute de traitement mis à la disposition des malades, de matériels et d’équipements mis à la disposition des personnels soignants, et afin d’éviter l’engorgement des hôpitaux, l’ultime solution du confinement s’impose. Bon gré mal gré, chacun(e) finit par s’y soumettre, parce que chacun(e) comprend bien que l’enjeu est vital. En ce sens le sentiment altruiste a bien fait son travail.

L’étude sur les effets du confinement

Pour les françaises et les français, cette situation est tout à fait inédite. Toutefois, certains pays ont déjà connu des quarantaines à l’échelle de la ville, rappelle dans son compte rendu une étude du King’s College London*, qui a récemment travaillé sur « l’impact psychologique de la quarantaine ». Ce fut notamment le cas en 2003, quand certaines régions de la Chine et du Canada ont dû se protéger du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), mais également dans des villages de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, lors de l’épidémie d’Ebola en 2014.

Un impact psychologique durable

Pour réaliser cette méta-analyse sur les effets du confinement, les psychologues se sont appuyés sur des études qui ont été menées dans 10 pays concernant des personnes atteintes du SRAS (11 études), d’Ebola (5), de la pandémie de la grippe H1N1 (3), du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (2) et de la grippe équine (1).

L’analyse révèle que la quarantaine est une mesure de santé publique qui a un « impact psychologique considérable pour les personnes touchées. » De plus, cet impact peut se prolonger dans le temps, plusieurs mois, voire plusieurs années, après le déconfinement.

Des émotions éprouvantes et pénibles

Les études quantitatives concernant les personnes mises en quarantaine ont mis en évidence « une forte prévalence de symptômes de détresse psychologique et de troubles » :

  • Perturbations émotionnelles
  • Épuisement émotionnel
  • Dépression
  • Stress
  • Mauvaise humeur
  • Irritabilité
  • Insomnie
  • Symptômes de stress post-traumatique

D’autres émotions telles que la frustration, la colère, le sentiment d’ennui et d’isolement du reste du monde, ont également été perçues comme un vécu pénible pour les personnes confinées.

Par ailleurs, concernant les personnes mises en quarantaine en raison de leur proximité avec d’autres personnes susceptibles d’avoir le SRAS, l’étude note les réponses négatives suivantes au cours de leur confinement :

  • Peur : 20%
  • Nervosité : 18%
  • Tristesse : 18%
  • Culpabilité : 10%

Après la quarantaine

Dans les semaines qui ont suivi la période de quarantaine, 54% des personnes confinées en raison d’un contact potentiel avec le SRAS, témoignent un comportement d’évitement à l’égard des personnes qui toussent ou éternuent. 26% évitent les lieux bondés et 21% d’entre elles ne fréquentent plus les espaces publics.

D’autres personnes ont décrit « des changements de comportement à long terme après la période de quarantaine, comme le lavage vigilant des mains et l’évitement des foules et, pour certains, le retour à la normale a été retardé de plusieurs mois. »

Et maintenant, que pourrions-nous faire pour éviter tout cela ?

D’abord, et avant toute chose, se dire que ces symptômes de détresse et ces troubles ne sont pas une fatalité. Nous avons la possibilité d’agir sur notre mental. Et si c’est trop difficile pour nous, que nos émotions nous débordent, que nous ne nous sentons pas capables de dépasser seul(e) cette situation stressante, nous pouvons nous faire accompagner. Coachs, thérapeutes, psychothérapeutes, psychologues sont là et peuvent nous y aider. L’important est de ne pas rester isolé(e) dans sa détresse, et d’être soutenu(e).

Accepter la réalité

Pour cela, il convient évidemment de ne pas pratiquer la politique de l’autruche. Refuser la réalité, la nier et la bloquer « Cela peut mener à la dépression, la somatisation, un lent étiolement de nos forces physiques et psychologiques[…] Certaines formes de dépression – mais pas toutes – sont une répression de nos émotions. On va se retrouver figé, bloqué, et malheureusement on va arrêter tout mouvement : arrêt de travail, traitement qui va limiter la personne un peu plus et l’isoler encore plus socialement. » rappelle la psychologue, Marion Blique.

Accueillir nos émotions

Il est donc important d’accueillir nos difficultés, nos émotions, d’apprendre à les reconnaître, à les nommer, à les évaluer. Pour cela, il est nécessaire d’accepter toutes les émotions qui nous traversent, y compris les plus douloureuses : peur, tristesse, honte, culpabilité, colère, désespoir…

Pour savoir si l’on a tendance à éviter nos émotions, la psychologue conseille notamment de se poser la question suivante : Évitons-nous soigneusement de nous confronter à la réalité profonde d’une situation ? Par quel moyen : en plongeant dans l’action, le travail, les addictions, les relations sociales, les distractions…?

Répondre en toute honnêteté à cette question est un bon début dans notre connaissance et notre acceptation de nous-même.

S’ouvrir à la possibilité de se transformer

Ce qui est certain, c’est que rien ne se résoudra tout seul et dans la passivité. Chaque épreuve est une opportunité pour grandir, une occasion de travailler sur soi, de développer un nouvel équilibre, une harmonie plus juste. Nous pouvons tirer les leçons de chaque épreuve et trouver en nous les ressources qui nous permettront de changer de trajectoire, de modifier nos croyances, de nous transformer.

Marion Blique explique que de nombreux témoignages de personnes ayant traversé de grandes difficultés dans leur vie, rapportent que leur épreuve leur a permis de transformer des parties d’eux-mêmes. Surtout, ils sont devenus beaucoup plus conscients et présents à leur propre vie, à leur environnement et aux autres. Ils ont ainsi approfondi leur être et se disent tous heureux d’avoir traverser cette épreuve.

S’ouvrir aux autres pour une nouvelle vie

Alors bien sûr les effets du confinement seront différents pour chacun(e) d’entre nous. Tout le monde n’aura pas la force et la volonté de les dépasser. Tout le monde n’aura pas le temps de prendre du recul. Il revient à nous tous(tes) d’y être attentifs(ves). C’est au sein des familles, au sein des couples, entre amis(es), entre collègues ou professionnels(elles) qu’il s’agira d’offrir cette oreille attentive et bienveillante. Une tristesse qui perdure, une irritabilité constante, un manque de motivation ? Soyons présents à l’autre. Offrons lui notre soutien, notre regard, notre sourire, notre empathie. L’écoute et l’attention que nous porterons à nous-même, et aux autres, sera une aide précieuse pour nous permettre de limiter les effets du confinement sur notre nouvelle vie, qui de toute façon, ne sera jamais plus comme avant…

*La recherche initiale a permis de produire 3166 documents, dont 24 comprenaient des données pertinentes et ont été inclus dans le présent examen : https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30460-8/fulltext

Contributeurs

« GJR a conçu la stratégie de recherche avec l’apport de SKB, RKW et LES. SKB, RKW, LES et LW ont effectué les recherches et le dépistage de la littérature, et toutes les divergences ont été discutées avec GJR et SW. SKB a effectué l’extraction des données. SKB a écrit la première ébauche de l’examen avec la contribution de RKW, LES, LW, SW, NG et GJR.

La recherche a été financée par l’Unité de recherche sur la protection de la santé du National Institute for Health Research (NIHR) en préparation et intervention en cas d’urgence au King’s College de Londres, en partenariat avec Public Health England, et en collaboration avec l’Université d’East Anglia et l’Université de Newcastle. Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et pas nécessairement de celles du Service national de santé, du NIHR, du ministère de la Santé et des Soins sociaux ou de la Santé publique Angleterre. »

Chaque épreuve est une opportunité pour grandir, l’occasion de changer de trajectoire, de modifier nos croyances, de nous transformer

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