Les mutilations sexuelles féminines ? Tolérance zéro !

5 février 2018
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Les mutilations sexuelles féminines ne sont pas encore éradiquées. Ni en France, ni dans le monde. Comme au temps des sorcières, on continue de persécuter la femme. Elle subit des maltraitances barbares et inhumaines, infligées par des dogmes culturels  insensés. Pour quand la tolérance zéro ?

Les mutilations sexuelles féminines font l’objet d’un programme mondial commun, réalisé par L’UNFPA* et l’UNICEF* depuis 2007. Pourtant, des millions de filles et de femmes continuent, de nos jours, à subir des violences corporelles  injustifiables, qui auront des conséquences sur leur santé physique et psychique, tout le restant de leur vie.

A l’initiative de l’ONU, chaque année, le 6 février est la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines.

C’est l’occasion de rappeler que 200 millions de femmes et de filles dans le monde ont subi ce type de sévices corporelles et d’atteinte grave à leur intégrité humaine. Des chiffres d’autant plus alarmants que si les mutilations sexuelles féminines perdurent, ce sont, selon les Nations Unies, 3 millions de jeunes filles qui risquent de subir ces violations chaque année !

 

Objectif 2030: éradiquer les mutilations sexuelles

Le programme de lutte contre les pratiques de mutilation génitale féminine (MGF) et de l’excision, lancé par L’UNFPA et l’UNICEF est à l’origine d’une déclaration rédigée conjointement avec l’OMS .

Il  souligne que « ces pratiques constituent une violation des droits humains ayant des effets préjudiciables sur la santé des femmes, des jeunes filles et des nouveau-nés. » Il a pour objectif  principal d’éradiquer totalement ces pratiques d’ici 2030.

 

Les  premiers résultats

Articulée en deux phases, phase I (2008-2013) et phase II (2014-2017), ce programme commun a permis notamment :

  • D’instaurer des lois nationales dans 12 pays sur les 15 qui étaient visés
  • De mettre en œuvre des protocoles d’aide médicale aux femmes sexuellement mutilées
  • De susciter l’abandon de ces pratiques dans plus de 12 700 communautés
  • De permettre à 20 000 leaders religieux ou chefs traditionnels de désavouer les précepts religieux ordonnant ces mutilations faites aux femmes.

Actuellement 17 pays sont concernés par le programme commun de  l’UNFPA et de l’UNICEF :

« Burkina Faso, Djibouti, Ouganda, Égypte, Éthiopie, Érythrée, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Kenya, Mali, Mauritanie, Nigeria, Sénégal, Soudan, Somalie et Yémen.  Il soutient également les efforts régionaux (Afrique et pays arabes) et mondiaux d’éradication de la MGF. »

 

Aucun fondement culturel ne peut justifier des tortures physiques ou mentales d’un humain sur un autre humain.

 

Malgré ces avancées, un gros travail d’éducation et de prévention reste encore à faire.  Les croyances culturelles ont la vie dure. La volonté de domination et de contrôle de l’homme sur la femme aussi . C’est la tâche à laquelle s’est attelé le GAMS* (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles).

Leur but : faire de l’information et de la prévention après la mort de 4 petites filles suite à leur excision.

Isabelle Gillette-Faye, directrice du GAMS, nous rappelle que ces pratiques, hélas,  ne s’arrêtent  pas aux frontières.

Elle explique que cela touche aussi tous les pays qui accueillent ces familles en Europe, en Australie, au Canada, aux USA. Elle déplore à ce sujet l’absence d’une loi  française spécifique concernant la mutilation sexuelle.

En France, le nombre de femmes excisées s’élèvent à 55 000. Ce sont principalement des Migrantes d’Afrique subsaharienne, des Malaisiennes, des Indonésiennes et des Kurdes .

Le GAMS concentre ses actions sur la prévention, la sensibilisation des populations directement concernées notamment en milieu scolaire, la formation des travailleurs sociaux et médico sociaux.

 

Quand la barbarie s’acharne sur le corps féminin

L’OMS distingue 4 types de mutilations sexuelles féminines :

« La clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris). »

« L’excision : ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres (replis internes de la vulve), avec ou sans excision des grandes lèvres (replis cutanés externes de la vulve). »

« L’nfibulation : rétrécissement de l’orifice vaginal par recouvrement, réalisé en sectionnant et en  repositionnant les petites lèvres, ou les grandes lèvres, parfois par suture, avec ou sans ablation du clitoris (clitoridectomie). »

« Les autres interventions : toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux. »

 

Les complications et les conséquences immédiates

Outre qu’elles sont inhumaines et dégradantes, ces tortures exercées sur le sexe des femmes ne sont pas sans conséquences sur leur santé et sont même parfois mortelles. L’OMS a listé tous les risques liés aux mutilations sexuelles féminines :

À court terme

  • douleur violente;
  • saignements excessifs (hémorragie);
  • gonflement des tissus génitaux;
  • fièvre;
  • infections, telles que le tétanos;
  • problèmes urinaires;
  • problèmes de cicatrisation de la blessure;
  • lésions des tissus génitaux adjacents;
  • état de choc;
  • décès.

À long terme :

  • des problèmes urinaires
  • des problèmes vaginaux
  • règles douloureuses, difficultés d’écoulement du sang menstruel
  • des problèmes sexuels (douleur pendant les rapports sexuels, diminution du plaisir sexuel, etc.);
  • un risque accru de complications lors de l’accouchement (accouchement difficile, hémorragie, césarienne, nécessité de réanimer le nourrisson, etc.) et de décès des nouveau-nés;
  • la nécessité de pratiquer ultérieurement de nouvelles opérations chirurgicales. Par exemple lorsque la mutilation aboutit à la fermeture ou au rétrécissement de l’orifice vaginal (type 3), il faudra procéder à une réouverture pour permettre à la femme d’avoir des rapports sexuels et d’accoucher (désinfibulation)
  • des problèmes psychologiques (dépression, anxiété, stress post-traumatique, faible estime de soi, etc.)

 

Quand les hommes s’acharnent pour leurs propres intérêts

Aucun fondement culturel ne peut justifier des tortures physiques ou mentales d’un humain sur un autre humain. Seule, une culture opprimante et discriminante, s’octroie le droit de soumettre la femme à la domination de l’homme.

C’est le cas des sociétés et des communautés qui pratiquent les mutilations sexuelles féminines.

Sous le couvert de croyances, exerçant une pression culturelle profondément ancrée, on entretient une vision réductrice de la femme. Objet serviable et obéissant, elle doit rester sous le contrôle de l’homme. On veut s’assurer de sa virginité et de sa fidélité. Pour cela, on coupe, on excise, on coud le sexe des femmes.

Or, aucun texte religieux ne suggère de pratiquer les mutilations sexuelles féminines.

 

« Par l’acte de l’excision on vous explique implicitement que même votre propre corps ne vous appartient pas. »

 

Ce qui est stupéfiant, c’est que ce sont les femmes, elles-mêmes, qui pratiquent le plus souvent ces mutilations. En guise de validation de leur totale soumission, elles sont la main de leur propre barbare. C’est l’extraordinaire perversité du conditionnement culturel.

Halimata Fofana, conférencière et auteure de « Mariama, l’écorchée vive » (éd. Karthala) libère sa parole sur l’excision en France.

Dans une interview donnée à Paris Match en 2017, elle s’adresse aux femmes excisées pour qu’elles se délivrent d’une honte qui n’est pas la leur, mais bien de celle des hommes, qui orchestrent et imposent cette pratique honteuse et inacceptable.

« Elles vivent avec cette souffrance qui est béante et elles n’en parlent pas… Cette pratique est faite dans les familles par les parents. » explique t-elle.

Elle souligne l’incroyable contradiction dans laquelle vivent les femmes excisées :

« Nous sommes des enfants nés en France, nous sommes français. À l’école on nous a appris l’égalité entre les hommes et les femmes, on nous a dit que la femme était libre, que la femme était l’égale de l’homme, et chez vous, vous avez subi l’excision. Par l’acte de l’excision on vous explique implicitement que même votre propre corps ne vous appartient pas. »

 

Ces femmes pas comme les autres

Halimata Fofana  a grandi dans une cité HLM à Longjumeau. Lors de vacances au Sénégal alors qu’elle avait 5 ans, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 36 ans, a été excisée.

Elle explique que cet acte, qu’elle ressent comme un véritable viol, lui donne envie de vomir, tellement le corps a été nié et maltraité dans toute son intégrité. Pendant très longtemps elle a pensé qu’elle « n’était pas une femme à part entière. »

Elle s’interroge. Comment vivre en France avec les mutilations sexuelles féminines ?  La France, un pays où les femmes sont libres et jouissent pleinement de leur corps ? Demande t-elle. Elle espère que l’éducation permettra aux femmes de comprendre qu’il ne faut plus faire exciser leurs filles.

 

Utiliser la souffrance comme une force

Loin de se considérer comme une victime, Halimata se prend  courageusement en main :

« Il faut de cette douleur en faire une force, et ça c’est le défi de chaque individu. » explique t-elle.

Sa force, elle la prend notamment dans cette pensée  de Sartre qu’elle cite :

« Le problème  ce n’est pas ce qu’on a fait de vous, mais vous-même ce que vous faites de ce qu’on a fait de vous. »

Autrement dit, même blessée, même abattue, même mutilée, il faut trouver la force de rebondir.

Un véritable défi  en effet qui renvoie aussi à la responsabilité des pays accueillant ces familles.

 

La tolérance zéro c’est maintenant !

Chaque pays doit assurer à ces femmes ainsi qu’à leurs filles, la sécurité, la liberté, le respect , la dignité qu’elles méritent et auxquelles elles ont droit. Une loi spécifique sur les mutilations sexuelles féminines en France, mais également,  tel que le prévoit la résolution (WHA61.16), adoptée par l’Assemblée mondiale de la Santé en 2008, une action concertée  dans les secteurs de l’éducation, des finances, de la justice et des affaires féminines.

 

Et pour nous toutes, femmes du monde entier

Nous avons la responsabilité et la nécessité de rester vigilantes  face à la recrudescence de mouvements religieux, traditionnels et rétrogrades . Nous devons agir pour le maintien et le respect de nos droits, et poursuivre la lutte dans le but d’obtenir une égalité réelle et légitime avec les hommes. Soutenons les actions menées contre les mutilations sexuelles féminines en exigeant une éradication définitive de ces pratiques dans tous les pays du monde.

Restons debout, et soyons fières d’être des femmes libres et respectées !

 

*Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF

*Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA)

*Fédération nationale GAMS (Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles et des Mariages Forcés)

67 rue des Maraîchers 75020 Paris.

 

3 reflexions sur : “Les mutilations sexuelles féminines ? Tolérance zéro !”

  • Plasticienne engagée, j’ai réalisé une oeuvre sur le sujet des mutilations sexuelles intitulée « Infibulation », que j’ai pu présenter à 400 lycéens français pour la Journée des Femmes 2018. Le dialogue fut incroyable avec des élèves qui découvraient cette pratique barbare.

    Quand l’art permet de parler directement des MGF et d’ouvrir le débat.

    A découvrir : https://1011-art.blogspot.fr/p/blog-page.html

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