Les premiers amours

18 juin 2019
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Les premiers amours font partie des moments forts de la vie. Grands frissons, nouveaux émois, premières déclarations. Pour de nombreux adolescents.es, le passage à l’amour est une porte ouverte sur un nouveau monde. Les repères changent, garçons et filles s’affirment et revendiquent leur liberté. Un nouvel ordre qui bouscule et inquiète parfois les parents. Comment se joue ce passage ? Que faire pour le vivre le plus naturellement possible ? Pascal Anger, psychothérapeute, nous apporte son éclairage d’expert.

Les premiers amours, une étape incontournable qui se joue le plus souvent à l’adolescence. Pour eux, le temps est venu de troquer leur vie d’enfant sage, contre l’aventure, et de nouveaux apprentissages. Sous le charme d’un coup de foudre, certains croient déjà aimer pour la vie et s’engagent, sans réserve, dans une relation fusionnelle. D’autres se cherchent, expérimentent, et se lancent dans des amours parfois rocambolesques.  Ils rentrent de plus en plus  tard, restent plutôt secrets sur leurs sorties. Autant de nouveaux comportements que les parents ont du mal à comprendre. Une transformation qui leur rappelle que le temps passe, que rien n’est figé, ni éternel, et peut-être aussi qu’ils ne sont pas encore prêts.

Ces ados qui ne sont plus des enfants

Pascal Anger fait souvent le constat que « Les parents s’interrogent et parfois s’inquiètent. On les entend dire dans nos cabinets « Auriez-vous le mode d’emploi ? Je ne sais pas ce qui lui arrive. Je ne le ou la reconnais pas. », dit-il.

« Oui, Les parents sont souvent mal préparés à réagir aux premiers amours des adolescents. Les ardeurs de ces derniers les renvoient à leur vieillissement, ce qui est douloureux. Ils avancent de très bonnes raisons pour leur interdire de rentrer trop tard le soir, mais derrière tout cela il y a la nostalgie d’une jeunesse qui n’est plus. On observe chez bon nombre de parents à cette période-là, une crainte de l’abandon et de la solitude. Cette crainte est plus répandue encore dans les familles monoparentales. » poursuit le psychothérapeute.


Il est important d’accorder des libertés, mais il est tout aussi important de fixer des règles claires.

Pascal Anger

Pourtant, sous leurs airs de nouveaux conquérants, les adolescents ont encore besoin de conseils, de cadres et de limites. Ils ne possèdent pas encore tous les outils pour évaluer et comprendre la complexité d’une situation. Ils réagissent la plupart du temps de manière très vive et émotionnelle aux événements de leur vie. Ils ont du mal à faire la part des choses, et écoutent plus facilement leurs envies que leurs devoirs. C’est là que réside une des plus grandes difficultés des parents. Ils doivent trouver le bon dosage pour éviter que le précieux dialogue ne se rompt avec leurs ados. « Entre laxisme et exigence, le cœur des parents balance », explique Pascal Anger.

« La tentation est grande chez certains parents de vivre ou de revivre leur adolescence par procuration en accordant une grande liberté – ce qu’ils auraient aimé vivre au même âge. Il est important d’accorder des libertés, mais il est tout aussi important de fixer des règles claires. »

De la même manière qu’il n’est pas simple de trouver le bon dosage, il revient également aux parents le périlleux exercice de trouver la bonne distance. Surtout lorsqu’il s’agit de questions qui coincent des deux côtés, et tout particulièrement, de la sexualité.

La sexualité n’est pas taboue

« Pour les parents, trouver la bonne distance n’est pas toujours facile, parler non plus… «  ajoute Pascal Anger. « La question de la sexualité ne doit pas être éludée, il est bon de pouvoir en parler, sans être incitatif et inquisiteur.

Certains adolescents n’aiment pas parler de sexualité avec leurs parents, inutile de les forcer. L’important est de rester disponible et de répondre simplement aux questions lorsqu’elles se présentent. L’adolescent doit savoir que ce n’est pas un sujet tabou à la maison.

Chaque parent a sa façon de voir les choses et chaque adolescent a sa manière de réagir. Inutile de bourrer les poches de préservatifs de votre adolescent ou d’emmener votre adolescente chez le gynécologue parce qu’elle a un petit copain, ou de vous offusquer parce que votre ado annonce qu’il a eu une relation homosexuelle.

Si les parents sont mal à l’aise avec les questions autour de la sexualité, ils peuvent consulter et en parler avec un psychothérapeute ou un sexothérapeute pour savoir comment répondre au mieux à leur adolescent. Que dire ? Comment le dire ? Est-ce qu’on attend les questions ou est ce qu’on les devance ? »


Les images et films pornographiques sont accessibles sur n’importe quel portable, l’ado peut vite devenir addict, d’où l’intérêt d’en parler et d’alerter sur les dégâts possibles.

Pascal Anger

Parler de la sexualité aux adolescents, un enjeu essentiel pour présenter sa dimension naturelle et bénéfique, mais également pour éviter les influences néfastes. De nos jours, à défaut d’une éducation sur les émotions, les sentiments, l’amour, la relation amoureuse et la sexualité dans les programmes scolaires, les adolescents vont chercher les informations ailleurs. Avec le développement du net, ils trouvent facilement des images, des vidéos que la plupart d’entre eux confondent avec la réalité. C’est ainsi que des rapports pornographiques s’exposent à leurs yeux comme un modèle de relation entre l’homme et la femme. Enchaînement mécanique de postures, performance masculine, soumission féminine, froideur, irrespect…des images dégradantes, bien loin de l’amour. Le psychologue pointe l’importance d’aborder ce sujet avec les adolescents, afin qu’ils prennent conscience de l’irréalité de la sexualité pornographique et des risques qu’elle implique.

Le porno, amplificateur de violence et d’inégalité

« Difficile de surveiller l’ado qui regarde des images pornographiques sur son portable, accessibles et gratuites » explique-t-il. « Les images défilent et le contrôle parentale n’y fera rien… Attention aux images et aux films pornographiques qui présentent une sexualité violente et empreinte de sadomasochisme. Le porno banalise l’agression sexuelle dans les films : la femme dit « non » mais pense » oui », voilà le message désastreux que l’on véhicule ! De plus les insultes pleuvent, drôle de message.

Cela met les jeunes hommes dans une logique de performance. Des images qui peuvent avoir des effets désastreux sur les premiers émois. Les images et films pornographiques sont accessibles sur n’importe quel portable, l’ado peut vite devenir addict, d’où l’intérêt d’en parler et d’alerter sur les dégâts possible. La sexualité est une chose sérieuse. La pornographie génère une vision inappropriée de la sexualité. »

L’adolescence, une période de transformation physiologique et psychologique qui participe à la croissance et à la construction du futur adulte. Pour un grand nombre d’adolescents.es, cette période est fréquemment associée à une interrogation sur eux-mêmes.elles-mêmes, et sur le monde. Elle fait l’objet d’incertitudes, voire, dans certains cas, de pessimisme. C’est sans doute pour cela qu’il est nécessaire de les accompagner dans l’élaboration de valeurs clés, et positives.


C’est un travail au quotidien que de faire passer des messages autour du respect du corps, des différences garçon/fille, de la pudeur, l’empathie, la douceur, l’attention à l’autre…

Pascal Anger

« A l’adolescence on doute de tout, de soi, des autres, des parents, rien de plus normal. Le corps se transforme, tout change en soi et autour de soi. C’est la période des expérimentations, des premières fois. Un moment de remaniement identitaire, de tâtonnement et de curiosité.

C’est la période de l’individuation qui ne se fait pas sans anxiété. Les références ne sont plus les mêmes, on souhaite penser différemment, se vêtir et parler aussi différemment.

Pour les parents,  c’est un travail au quotidien que de faire passer des messages autour du respect du corps, des différences garçon/fille, de la pudeur, l’empathie, la douceur, l’attention à l’autre, la façon dont on se comporte, autant de points qui peuvent aider l’adolescent à se construire mais aussi à construire sa relation à l’autre. », rappelle Pascal Anger.

 L’adolescence et les premiers amours

Une feuille de route bien remplie pour les parents qui, de plus, doivent pratiquer l’art et la manière d’être présents sans être lourds avec leur adolescent.e. Un subtile accompagnement, qui vise à sauvegarder l’ équilibre de l’adolescent.e, tout en lui rappelant ses droits et ses devoirs.

« Je pense que les parents ne doivent pas trop se mêler des histoires d’amour de leurs ados. Néanmoins, il est important d’être à l’écoute de ce qui se passe à ce moment-là. L’adolescent doit rester concentré sur sa scolarité et ses loisirs et ne doit pas trop être absorbé par ses amours. L’amour est un plus dans la vie de l’ado, et non un chaos. » précise le psychothérapeute.

L’amour dans la vie des adolescents.es, un plus donc, qui peut aussi prendre des tournures d’inquiétudes, de peurs et d’exigences affectives. Il renvoie au vécu profond de l’enfance, à ses besoins de sécurité, d’attachement et d’homologation.

Des besoins et des peurs

« Dans la rencontre amoureuse il y a toujours de l’anxiété » explique le psychothérapeute. « La rencontre déstabilise car elle rejoue les attentes affectives de l’enfance, les besoins d’amour, de protection, d’attachement, et de reconnaissance. C’est d’ailleurs une relation d’exclusivité et de fidélité. Surtout dans les premiers amours, car cela participe à la garantie de notre place.

Des peurs apparaissent, peur de ne pas être assez bien pour l’autre, ce qui peut conduire à des attitudes de sabordage pour ne pas avoir à courir le risque d’être abandonné. Peur de ne pas être à la hauteur et de ne pas savoir faire chez les garçons. Peur de décevoir chez les filles.

Les premiers amours posent la question de l’entente, de la confiance. Ils remettent en cause les acquis de notre personnalité, dévoilent des facettes inconnues de nous-même et nous font grandir.

Il semble important de rassurer et de dire que cela s’apprend à deux, à travers ce qui s’expérimente mais aussi à travers la communication, oser dire… »

Pascal Anger, psychothérapeute

Pascal Anger, médiateur familial, psychothérapeute et psychanalyste :  
http://www.pascalanger.fr/

Parler librement d’amour

Oser dire, une clé pour vivre le passage des premiers amours le plus naturellement et le plus sereinement possible. Car l’amour et la sexualité sont des besoins naturels dont nous devons apprendre à parler sans honte et sans rejet. Ils constituent la réserve de nos énergies positives, le socle de notre équilibre physique et mental. Parler librement de l’amour, c’est accepter l’idée du bonheur d’aimer, c’est préparer le plaisir de vivre à deux un jour…


Parler librement d’amour pour accepter le bonheur d’aimer

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