L’homme viril, ce héros d’un autre âge

3 mars 2017
, 4 Comments

L’homme viril. Construit de toutes pièces en des temps anciens, ce héros idéal, est-il toujours aussi puissant et aussi crédible ? Comment ce sentiment, propre à l’homme, d’appartenir à une élite supérieure, a t-il évolué au fil des âges ? Pourquoi s’imposerait-il encore comme un modèle de nos jours ? Petit tour d’horizon dans l’histoire du machisme masculin.

L’homme viril n’est pas né viril. La virilité est un faisceau de caractères attribué aux hommes à travers les valeurs d’une certaine culture. Selon Jean-Jacques Courtine, professeur à la Sorbonne, 4 valeurs construisent chez l’homme le sentiment de virilité : force physique, courage, héroïsme guerrier et puissance sexuelle. L’homme est associé à ces valeurs depuis l’antiquité. Les Grecs et les Romains vantaient ces vertus sacrées, rabaissant la femme au rang subalterne de « mâle imparfait » comme le prétendait Aristote.

A cette époque-là, en Grèce, il ne fait pas bon pour un homme de baisser les armes, car en même temps que le combat, il perd son identité d’homme « vrai » pour devenir un misérable « trembleur ». La puissance sexuelle est très largement consommée par Grecs et Romains en ces temps antiques. Entre son épouse, sa maîtresse, sa servante et même son domestique, le bon romain, l’homme viril, père de famille, n’a que l’embarras du choix. Du côté Grec, la virilité s’érige à ce point comme valeur, qu’un mari peut  autoriser un de ses amis, particulièrement performant sur le plan sexuel, à faire un enfant à son épouse. L’histoire ne nous dit pas si la femme est d’accord.

 

La virilité dans tous ses états

Les crises de la virilité ne datent pas d’aujourd’hui. Déjà dans l’Iliade, Homère évoque la « faiblesse » de la nouvelle jeunesse. Après l’incarnation de la virilité à travers le  vaillant chevalier du Moyen-Age, la culture de la Renaissance rend l’homme moins brutal, plus élégant dans sa tenue vestimentaire, dédiant à sa belle un amour courtois. Une apparente douceur, car en réalité toujours aussi virile. Selon Georges Duby, historien, spécialiste du Moyen Âge, la femme représentait pour les jeunes hommes davantage une proie à conquérir et un exercice de contrôle et de maîtrise de leurs pulsions et de leurs sentiments.

Au XVIIIème, tout change ou presque. L’homme devient un libertin, au sens de libre penseur doué d’un esprit critique. Les philosophes des lumières disent stop à une virilité qui prétend exercer sa domination de l’homme sur l’homme. En ce qui concerne la domination de l’homme sur la femme ? On verra plus tard.

Au XIXème siècle, ère de la révolution industrielle, la virilité bat son plein. C’est un ouvrier mineur, un cheminot, un soldat, un policier. L’homme virile exerce un travail de force, de courage et d’autorité.

Au XXème, les guerres mondiales et le chômage fragilisent l’image de l’homme virile. La femme s’autonomise et devient indépendante.

 

la crise de la virilité se prolonge, mais les hommes ne se sont pas, pour autant,  libérés des valeurs de la culture de la virilité

 

Selon Alain Corbin, historien et directeur de la publication de « Histoire de la virilité », la crise de la virilité se prolonge de nos jours. Les revendications féministes, la libération sexuelle et la légalisation du mariage gay sont passées par là. Les hommes se sont-ils, pour autant,  libérés des valeurs de la culture de la virilité ?

A quelle image l’homme du XXIème siècle cherche t-il à ressembler ? Un petit homme frêle, timide, craintif, impuissant ? Certainement pas.

Sa demande croissante d’un sexe plus gros, d’une érection plus performante, sa pratique souvent très intensive du sport, son souci d’obtenir un corps bien musclé et bien poilu, traduisent la nostalgie de sa virilité ancestrale. Le spectre de la virilité continue de s’incarner à travers le sport, le body-building, la pornographie.

 

Une brute s’agite dans le corps de certains hommes

Puissance, énergie, robustesse, courage, honneur, sens du sacrifice,  maîtres mots  des idéaux de la virilité, sont encore  bien sonores dans la pensée collective. Les excès de la virilité, déjà épinglés dans l’Antiquité, transpirent encore dans certains comportements masculins  :  violence, agressivité, besoin de dominer, d’être le plus fort, vanité, difficulté à reconnaître ses erreurs et particulièrement devant les femmes, dureté, manque d’indulgence…La brute, ainsi décrite par nos ancêtres, s’agite toujours dans le corps et la tête de certains de nos hommes du XXIème siècle.

 

Les hommes du nouvel âge

Pourtant d’autres hommes, libérés du poids culturel de la virilité, expérimentent une voie de partage entre leur virilité et une ouverture sur la féminité. Les hommes n’hésitent plus à porter les enfants, à s’en occuper. Ils participent aux tâches ménagères, vont faire les courses au supermarché. Ils  abordent tous les sujets avec leur conjointe, prennent le temps de l’écouter, de la comprendre, de lui parler avec douceur. Ils la respectent profondément. Plus fort que tout, ils reconnaissent qu’ils ne sont pas tout-puissant et acceptent leurs faiblesses.

Mais oui, le masculin est faillible comme le féminin d’ailleurs ! D’une manière générale, chaque individu est une somme des forces et de fragilités.

Si nous décidions un jour, tout simplement, d’associer sans arrière pensée, le masculin au féminin. Si nous décidions de passer à un nouvel âge. Après la guerre du masculin/féminin, vivons l’âge d’une vraie rencontre. Elle ne pourra avoir lieu qu’à travers une vraie pause. La pause masculin/féminin. Prenons le temps de nous regarder, homme/femme, pour nous apercevoir que, finalement nous nous ressemblons énormément. Nous sommes animés par une même énergie vitale. À nous d’en faire une force commune, positive et constructive.

Belle rencontre masculin/féminin les amoureux !

 

 

 

Donne-moi des baisers de ta bouche : Balade en couple dans les jardins de la sexualité, Sophie Lutz

4 reflexions sur : “L’homme viril, ce héros d’un autre âge”

  • Je ne suis pas d’accord avec le corps poilu signe de virilité à rechercher. Lors de mes interventions scolaires sur les relations amoureuses, en collèges ou lycées, les poils provoquent une réaction de dégoût de tous, garçons et filles. L’épilation, y compris le pubis, est un incontournable dans leurs relations amoureuses.

    • Il est vrai que les plus jeunes peuvent éprouver au départ une certaine aversion pour les poils. Ils sortent de l’enfance. Les modes et les goûts évoluent. Avec l’âge, on apprend à aimer notre corps d’adulte. De nos jours, beaucoup d’hommes s’apprécient poilus. De leur côté les femmes aiment juste ce qu’il faut de poils sur le torse de leur partenaire. On notera d’ailleurs que la mode est à la barbe pour les hommes.
      Merci pour ce commentaire

  • Bonjour Elise,

    Superbe article, j’ai beaucoup aimé.

    Claire

Laisser un commentaire

Votre adresse mail ne sera pas publiée.