Parlez d’amour à vos  enfants, c’est urgent !

19 janvier 2019
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Parlez d’amour et de sexualité : une mission urgente pour tous, une priorité pour les parents ! Bien comprendre les jeunes d’aujourd’hui, répondre à leurs  vrais besoins, ne pas les abandonner aux images surfaites et mensongères de la pornographie. C’est l’appel lancé par la sexologue, Jocelyne Robert, dans son livre publié aux Éditions de l’Homme. Une bible pour les parents ! Une bombe pour l’hypercommercialisation de la sexualité !

Parlez d’amour et de sexualité, ne laissez pas vos enfants en proie à l’angoisse, à l’ignorance, aux questionnements qui n’ont que le silence ou de fausses croyances pour réponse… Car, au bout, cela se solde par une souffrance. Tel est le conseil urgent de Jocelyne Robert, sexologue québécoise, dont le livre paraît le 20 janvier 2019. Un livre qui raconte, explique, dénonce la méconnaissance de nos jeunes, l’abandon de notre responsabilité de parents face à l’éducation sexuelle de nos enfants. Un livre passionnant qui nous révèle, au fil des pages, l’immense chantier qu’il nous reste à entreprendre.

Jocelyne Robert œuvre depuis une trentaine d’années pour accompagner parents et jeunes dans leur questionnement et leur compréhension de la sexualité. Au fil de ses rencontres, elle a constaté que, malgré leur bonne volonté, les parents se disent dépassés, impuissants, face à l’éducation sexuelle de leur enfant. Ils n’auraient « plus rien à voir là-dedans ».

Parler de la sexualité de manière sensible et vraie, pas d’une manière factuelle et médicalisée.

Pourtant, elle sait et reste convaincue que les parents sont les premiers à pouvoir offrir à leur progéniture une image positive et sainement constructive  de leur sexualité. D’autant plus que la sexualité est une dimension essentielle de l’être humain, nous dit-elle, au même titre que les autres fonctions de notre corps. Elle fait partie intégrante de notre santé et de notre développement personnel. Elle contribue à notre qualité de vie et à notre estime de soi.

« Réduire la zone de silence entre les générations »

Selon elle, la famille, est la référence et le refuge affectifs essentiels dont les enfants ont besoin. Elle mise sur l’espoir et s’adresse directement aux parents d’aujourd’hui.  « …loin de démissionner, vous prendrez enfin la place respectueuse et respectable que vos jeunes sont prêts à vous accorder. »

Car il semblerait que les jeunes aient besoin d’un vrai dialogue avec leurs parents. Tous les témoignages de jeunes qu’elle a entendus révèlent leur envie de parler de la sexualité de manière sensible et vraie, pas d’une manière factuelle et médicalisée. Ils ont besoin que l’on réponde à leurs préoccupations.

C’est là que le bât blesse !  Notre société est davantage engagée dans la notion de risques, de dangers et de  prévention quant à la vie sexuelle, plutôt que d’un partage d’expériences, d’émotions, d’inquiétudes.

Bref, tout ce qui favoriserait une communication authentique, saine et naturelle autour de la sexualité.

Pratiquer la vérité, on a tout à y gagner

Et cela commence dès le plus jeune âge. Cessons de parler de chou, de rose et de cigogne à nos tout-petits pour expliquer leur arrivée dans la vie ! Parlez d’amour et de sexualité à vos enfants, et parlez vrai.

« Éduquer à la sexualité, c’est informer avec naturel, clarté, simplicité. », explique la sexologue. Elle site, à ce propos, une multitude de prétextes quotidiens pour aborder avec ses enfants la sexualité d’une manière spontanée et naturelle. Et pour les hommes, pas question de se défiler !

Le rôle d’éducateur revient autant au père qu’à la mère, précise-t-elle. Pourquoi, de nos jours, ce sont encore les femmes qui se déplacent majoritairement dans les réunions d’information sur la sexualité ?

À travers son livre, elle guide les parents vers les bonnes questions à se poser, sur leurs acquis et leurs intentions en matière d’éducation à la sexualité, et les invite à se concerter tous les deux sur le sujet.

Quel risque à se lancer ?

Aucun, à part celui d’être imparfait, car le « super parent » n’existe pas, nous rassure-t-elle. Ce qui existe en revanche, et celui-là est irremplaçable, c’est le parent bienveillant, et communiquant sereinement avec son enfant.

Elle précise qu’il ne s’agit pas  pour les parents de développer avec leur enfant un « dialogue complaisant et exhibitionniste sur leur intimité sexuelle, de laquelle, d’ailleurs, l’enfant s’exclut de lui-même. »

Elle donne des pistes pour accompagner au mieux son enfant dans son développement. Comment lui parler, comment l’écouter, comment répondre à ses questions du moment.

Si, par exemple, il lui venait un jour l’idée  de vous demander :

« – Comment il sera, mon bébé à moi, si j’en ai un plus tard ?

Vous pourriez lui répondre :

Ça dépend. De toi et de l’homme que tu choisiras. »

Sous-entendu, un enfant se fait avec un homme et une femme. Simple, rapide, efficace. Le bon message est passé…

Parlez d’amour et de sexualité, c’est un accompagnement tout au long de la vie de l’enfant, rappelle Jocelyne Robert. Elle situe les enjeux essentiels de l’apprentissage de la sexualité au cours des grandes étapes du développement psychosexuel de l’enfant.

Pour cela, une foison de thèmes, tout aussi importants les uns que les autres sont abordés : Amoureux de maman, amoureuse de papa, jeux sexuels avec les petits copains-copines, nudité en famille, abus sexuel, inceste, sexisme, puberté, consentement, respect, IST, contraception, préservatif etc.

« Parlez d’amour et de sexualité », comment faire ?

C’est bien joli tout ça, aurez-vous tendance à penser, mais on fait comment pour aborder toutes ces questions « embarrassantes » à la maison ?

Bien évidemment, comme tout parent génial mais imparfait, on aborde les sujets qui se présentent au fil du quotidien. Et pour amorcer le dialogue, Jocelyne Robert conseille de parler de soi. Raconter à l’enfant ou à l’adolescent, notre vécu, nos expériences, nos ressentis, qui l’on était à son âge. Nous entendre lui raconter notre premier amour, notre premier baiser, notre peau boutonneuse à la puberté… il adore ! Et cela le rassure.

Elle donne aussi des conseils et des pistes pour dédramatiser et aborder des sujets encore tabous tels que la menstruation, la lubrification vaginale, l’érection, l’éjaculation, la masturbation..

Notre mission ?  Les aider à se construire sainement et sans angoisse, ou le moins possible.

Mais surtout, parlez d’amour et de sexualité à vos enfants, c’est urgent !

Jocelyne Robert, son livre

Jocelyne Robert « Parlez-leur d’amour et de sexualité », Ed de l’Homme, 18,90€     https://bit.ly/2R2I7Py

Pourquoi « l’éducation sexuelle : ça presse » ?

Parce que, c’est officiel, les jeunes aspirent à l’amour. Quelle bonne nouvelle ! Mais que leur donne-t-on comme modèle ? Que leur apprend-t-on sur l’amour ?

À défaut des parents et de l’Éducation nationale, d’autres se sont chargés de leur fournir un « modèle » très accessible. Nous voilà arrivés à l’ère de la pornographie popup sur le net. Elle surgit sans qu’on s’y attende ! Elle est là, même quand on n’en veut pas. C’est dire son omniprésence. Nous voilà aussi arrivés à l’ère de l’hypersexualisation. Il semblerait même qu’elle ait tellement bien réussi à s’insinuer dans notre vie quotidienne, qu’elle nous est devenue quasi normale, presque banale.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Consommation, marchandisation, objétisation des corps… Le sexe est devenu un consommable jetable.

« Sex shops, joujoux sexuels, images pornos omniprésentes, salons de massages spéciaux, danses contact, ghettos sexuels, sextage, branlettes intersidérales, partouses, voyeurisme virtuel, sexe à trois, triple pénétration, viols collectifs, violence sexuelle, tourisme sexuel répandu, éjaculation faciale, sexe anal, bestial, pédo, géronto, scato, nécro, sado, maso… » Et le tout servi avec une louche de violence et d’humiliation, c’est encore plus, plus, plus…

Jusqu’où ?

Jocelyne Robert lance un appel « Dans ce vacarme, il faut faire l’éducation sexuelle de nos enfants, ne pas laisser internet s’en occuper. Leur transmettre des valeurs qui propagent l’idée que la sexualité peut être source d’épanouissement humain, de bonheur, d’augmentation de l’estime de soi, de partage. »

Elle déplore que l’on n’ait jamais abordé la sexualité de manière simple et naturelle dans le milieu familial, scolaire, institutionnel ou de la santé.

« La jeune adolescence est un épisode de la vie où l’on est aussi malléable que de la cire chaude. C’est là que s’ancre l’idée que l’on se fait de l’érotisme et de comment se comportent les hommes et les femmes. »

Elle déplore également le battage mensonger sur la sexualité performante qui prolifère à travers les médias, les publicités, les réseaux sociaux, la pornographie. Ils tombent de haut les jeunes lorsqu’ils découvrent la vraie vie, la simple réalité !

« Comment ! Faire jouir trois ou quatre fois une femme, en une heure de temps, ce n’est pas possible ? »

Hé bien non ! que nos jeunes se rassurent, c’est une pure illusion. Une invention de pornographes pour faire sensation. Les stars du porno sont des hommes et des femmes comme les autres.

La réalité c’est « L’homme normal, avec ses défaillances occasionnelles et ses pannes de désir, la femme réelle qui jouit dans le calme et le silence ou qui ne jouit pas… »

Que faire en tant que parent ?

Soyons clairs ! Il ne s’agit pas d’interdire à nos enfants l’accès à internet ou à la télévision. Il est simplement nécessaire de faire travailler leur sens critique et de les ramener à la réalité de la vie, conseille Jocelyne Robert.

« …exposer nos propres sentiments et opinions, les sensibiliser aux stéréotypes et aux diktats qui sont proposés voire imposés, attirer leur attention sur les distorsions et les corriger. »

Elle s’adresse directement au rôle éducateur des parents : « Ne craignez pas d’expliquer à vos jeunes, filles et garçons, que toute cette vitrine sexuelle est un vaste marché de consommation à trois volets :

  • faire dépenser de l’argent
  • exposer les filles comme des objets de chair à consommer puis à jeter
  • transformer les garçons en dépendants sexuels »

Et cela en coordination avec l’école, car, selon la sexologue « L’impact de l’environnement hypersexuel sera atténué par une éducation sexuelle familiale positive conjuguée aux efforts de l’école. »

Elle invite tous les partenaires sociaux, élèves, intervenant (es) en milieu scolaire ou communautaire, médecins, enseignant(es), sexologues, infirmières, travailleurs sociaux, andragogues, parents, psychologues… à se rallier pour se faire entendre de toutes les instances décisionnelles.

♥♥♥

Parlez-leur d'amour et de sexualité

Un chantier à entreprendre

Au Québec, les consciences s’éveillent face à l’urgence : on décide de remettre au programme l’éducation à la sexualité obligatoire depuis l’école primaire jusqu’à la fin du secondaire. Un projet d’introduction de notions d’éducation à la sexualité dans les garderies voit le jour. Car « c’est à cet âge que s’ancrent les notions d’égalité et de dignité, ainsi que les bases d’une identité sexuelle et de genre saine, qui illumine l’estime de soi. » nous rappelle la sexologue.

En France, on le sait, l’éducation sexuelle à l’école est insuffisante, voire inexistante.

En 2016, dans une émission sur France Inter « Un jour en France », le gynécologue Israël Nisand, qui sillonne la France pour animer des ateliers sur la sexualité auprès de jeunes, rappelle que « Il y a tout ce qu’il faut dans la loi mais que la loi n’est appliquée nulle part. Elle sert juste à décorer les étagères du ministre de l’Éducation nationale… Pour l’instant, on fait confiance aux bonnes volontés et elles sont trop rares. Il faudrait qu’il y ait un projet national d’informations sur la sexualité, que ça devienne un projet de notre état. Nos jeunes le valent bien. »

Il rejoint aussi l’analyse de Jocelyne Robert sur l’état d’urgence face aux dégâts de la pornographie.

30% des consommateurs de porno seraient des ados de 13-14 ans. La première consultation serait en moyenne 11 ans. Et cela n’est pas pour arranger la conception que les garçons se construisent de l’image féminine.

Redevenir humain

« Nous éduquons nos jeunes à disposer des femmes comme si c’était des objets. En fait nous n’éduquons pas nos jeunes, mais la pornographie les éduque à notre place. Ça, c’est dramatique ! Les pouvoirs publiques le savent, ils ne font rien. Pourquoi ? Parce qu’ils ont un conflit d’intérêt. Il y a énormément d’argent là-dedans et puis ce n’est pas politiquement correct de lutter contre la pornographie. » déplore Israël Nisand à ce sujet.

Pas politiquement correct de lutter contre la pornographie ? Et humainement, que faut-il en penser ?

Avec toutes ces bonnes intentions rangées au placard, il faut bien s’avouer qu’en terme d’éducation à la sexualité, on a l’impression d’apprendre à nager dans une pataugeoire. À quand le grand bain qui permettra à chacun(e) de se sentir dans son corps et sa sexualité, aussi naturellement heureux, qu’un poisson dans l’eau ?

♥ « Parlez-leur d’amour et de sexualité, l’éducation sexuelle : ça presse !  » Un livre à se procurer, pour tous les parents, amoureusement corrects…

2 reflexions sur : “Parlez d’amour à vos  enfants, c’est urgent !”

  • J’ai lu. Ce livre est une révélation!

    • Tout à fait d’accord avec vous Daniel !
      Merci pour ce témoignage.

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