Quand le plaisir devient une drogue

17 octobre 2019
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Le plaisir, une quête naturelle qui nous concerne tous. Rien de plus normal, nos corps sont programmés pour fuir le déplaisir et la douleur. Mais que se passe t-il lorsque cette recherche devient une véritable obsession ? Comment le plaisir charnel devient-il une dépendance grave et dévastatrice ? Pascal Anger, psychothérapeute, nous apporte son point de vue d’expert sur l’addiction, et nous explique comment y remédier.

Le plaisir existe sous de multiples facettes. La nourriture, le sexe, les jeux, les sports, la créativité, les idéaux, la spiritualité… autant d’agréments variés et différents qui, selon nos envies, réjouissent les divers aspects de notre vie. Or, un seul et unique circuit s’active pour reconnaître et mémoriser ces plaisirs dans notre cerveau.

C’est ainsi que lorsqu’une activité est vécue comme positive et plaisante au niveau du cerveau des émotions (cingulum antérieur), et des ressentis corporels (insula), elle est systématiquement récompensée par une libération d’hormones, qui nous plonge dans une sensation de béatitude et de bien-être (anandamide, endorphines).  

L’addiction est un comportement qui rend la personne dépendante, provoquant une souffrance psychique et physiologique.

Pascal Anger

C’est ce qui se passe lors d’une activité sexuelle. Le plaisir qu’elle procure, décuplé par l’orgasme, active le système de récompense qui nous donne envie de recommencer. Et, c’est là que tout peut basculer. Car, pour certains hommes ou certaines femmes, l’envie de recommencer peut devenir une obsession, les rendant totalement dépendants et profondément malheureux.

Ainsi, paradoxalement, la recherche du plaisir peut se transformer en véritable douleur « On peut dire que l’addiction est un comportement qui rend la personne dépendante, provoquant une souffrance psychique et physiologique. La personne dépendante est asservie à son activité dont elle a contracté l’habitude de manière répétée. Elle est devenue esclave de son comportement, ayant perdu toute liberté. » explique Pascal Anger.

Les symptômes de l’addiction sexuelle

Perte de contrôle sur ses désirs, pensée envahissante, besoin irrépressible de reproduire le plaisir sexuel, comportement automatique, sont  donc les principaux symptômes d’une personne addict au sexe. Ce sont aussi les mêmes caractéristiques pour tous les autres types d’addiction : alcool, tabac, cannabis, cocaïne, GBL, poppers, produits de synthèse (MDPV, 4-MEC…).  Il n’est d’ailleurs pas rare que ces personnes soit sujettes à la polytoxicomanie, c’est à dire qu’elles associent une addiction à une autre. Certains, par exemple, ajoutent à leur addiction au sexe des antidépresseurs et du viagra.

Jouir et consommer, c’est la loi du marché

Il faut dire que le contexte socio-économique se révèle très facilitateur, voire encourageant, dans le domaine de la sexualité. Les chiffres d’affaires de l’industrie du sexe, en témoignent. S’élevant pour certaines entreprises, à plusieurs milliards de dollars, le sexe est un business aussi juteux que la vente d’armes ou de médicaments. Le marché des sex toys, pour exemple, rapporterait environ 22 milliards de dollars dans le monde. De nouvelles technologies, webcams, jeux on line, des millions d’images, des vidéos pornos, des sites qui proposent toutes sortes d’expériences sexuelles, mais également des supports de conversations téléphoniques, sms, mms…rendent le sexe incontournable, omniprésent, quasi obligatoire. Tout est là pour attraper dans ses filets les plus fragiles, celles ou ceux qui n’ont pas eu la possibilité de s’en protéger.

Le plaisir peut devenir une drogue

« Le sexe est mis au rang d’un simple objet de consommation. »

Pascal Anger

Car l’addiction au sexe peut commencer très jeune, souligne Pascal Anger « Les conduites addictives apparaissent souvent à l’adolescence. On est rarement dépendant à une seule substance. Souvent il y a addiction à des substances illicites, aux jeux vidéo, aux sites pornographiques… Les images pornographiques qui défilent devant nous sont devenues banales. Notre société a tendance à banaliser et à faciliter l’accès au sexe. Cela peut engendrer malaise et souffrance. Masturbation compulsive, besoin frénétique de sexe, besoins de multiplier les expériences…Une hypersexualité qui touche aussi bien les femmes que les hommes, les homosexuels que les hétérosexuels. Les sites de rencontres facilitent les rendez-vous…Il n’est plus nécessaire de fantasmer, le sexe est mis au rang de simple objet de consommation. »

Une souffrance sans plaisir

On le voit, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la multiplication des conquêtes et des plaisirs sexuels est davantage source de souffrance que de bonheur. La masturbation compulsive (5 à 15 fois par jour) est bien plus une dépendance qu’un plaisir. « L’addiction n’est pas une perversion, précise le psychothérapeute. Les conduites addictives ne sont ni un délit, ni un crime. C’est un malaise qui renvoie à une solitude profonde. Malgré la multiplicité des partenaires, le plaisir et le bonheur ne sont pas au rendez-vous. La personne est piégée par ce sport qui consiste à aller de corps en corps, sans pouvoir contrôler sa dépendance. Les relations sont nombreuses et sans sentiments, laissant une sensation de vide.

Les personnes qui souffrent d’addiction au sexe voudraient limiter, voire cesser leur activité, mais elles n’y parviennent pas. Cela se définit par une perte de liberté et une dépendance que l’on peut comparer à une drogue. »

Les causes de l’addiction

 L’addiction au sexe n’est donc pas un choix délibéré. C’est la conséquence d’un ensemble d’interactions ; croisement complexe entre une histoire personnelle, un mode d’attachement  (sécure ou insécure), une éducation, une culture, des expériences, des rencontres, des grands stress, des violences… qui auraient déclenché cette disposition aux conduites addictives « L’addiction sexuelle est souvent en lien avec d’autres problèmes relationnels, émotionnels et communicationnels que l’on peut aborder en psychothérapie. » explique Pascal Anger.

Nous ne sommes donc pas toutes et tous égaux face au risque de l’addiction sexuelle. Aux facteurs socio culturels et psychologiques s’ajouteraient également une prédisposition neurobiologique « D’après une récente étude sur l’hypersexualité, des chercheurs suédois ont remarqué que cette dépendance sexuelle pourrait venir d’une suractivité de l’hormone appelée   ocytocine », ajoute le psychothérapeute.

Comment sortir de la dépendance ?

La première chose à faire est d’accueillir cette réalité avec bienveillance. Accepter l’idée que cette recherche compulsive du plaisir nous fait souffrir, et nous emprisonne dans une dépendance de plus en plus destructrice qui nous isole. Car elle nous éloigne de tout : notre couple, nos enfants, nos proches, nos activités sociales et professionnelles. Plus rien ne compte, que notre dépendance. Elle parasite et dévore toute notre vie. S’en rendre compte et se le formuler très clairement est déjà un  grand pas « Pour sortir d’une conduite addictive, il est important de sortir du déni et d’accepter que quelque chose ne fonctionne pas bien. » explique Pascal Anger.

Ensuite, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide auprès d’un.e thérapeute « Souvent les patients se sentent dans une grande solitude et une grande détresse. Il est difficile d’en parler pour les hommes comme pour les femmes. Il faut pouvoir dépasser la honte, la culpabilité. De plus en plus de patients appellent nos cabinets de psychothérapeutes spécialisés dans les addictions, pour exprimer leur souffrance, leur mal être, autour d’une addiction au sexe. » rapporte  le psychothérapeute.

Ce qu’apporte la thérapie

Il est très souvent difficile de se sortir seul.e d’une addiction. Se faire accompagner est utile, voire nécessaire; selon Pascal Anger, c’est un véritable réapprentissage : « Toute la difficulté lorsqu’on est addict au sexe est de calmer et de soulager la souffrance psychique. Il est important de réapprendre à sortir de l’impasse, afin de pouvoir rétablir une « sexualité normale », c’est à dire, une sexualité source de plaisir et d’épanouissement. Il est possible de se faire accompagner, seul.e ou en couple, pour en parler.

La psychothérapie et la sexothérapie sont là pour répondre à toutes les questions et aider à trouver de nouvelles sources de joie et de bonheur. »

Les voies des plaisirs heureux

On le voit, pour sortir d’une addiction, Il est primordial d’en parler et de s’informer. Cela permet de comprendre comment fonctionne notre corps, mais également d’apprendre à mieux se connaître soi-même pour anticiper et savoir se protéger de nos mécanismes de compensation, de détournement, de sabotage et d’enfermement.

Dans cette ère addictogène de néolibéralisme, où l’emprise du surconsumérisme affleure notre vie quotidienne, il devient, par ailleurs, indispensable de se questionner et de prendre conscience des dangers que cela peut représenter pour notre équilibre et notre liberté.

La recherche du plaisir doit rester saine et équilibrée. Vivre heureux, c’est pouvoir profiter des plaisirs en toute quiétude et en toute liberté. Pour cela, il faut pouvoir exercer un contrôle sur nos désirs, apprendre à les différer quand ils deviennent trop envahissants, qu’ils prennent trop de place dans notre vie de tous les jours. Car le plaisir s’arrête là où il ne réalise plus notre bonheur.

PASCAL ANGER

PSYCHANALYSTE/PSYCHOTHERAPEUTE

MEDIATEUR FAMILIAL/SEXOTHERAPEUTE

SITE : PASCALANGER .fr

Reprendre possession de soi et redécouvrir le plaisir

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