Stop aux violences faites aux femmes

25 novembre 2019
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Stop aux violences ! Arrêtons la liste macabre des femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, qui s’allonge d’année en année. Stop aux violences sexistes et sexuelles à l’égard des femmes. Stop aux violences psychologiques, aux humiliations, aux préjugés et aux inégalités sociales qu’elles endurent quotidiennement. Il est temps d’agir et de dépoussiérer notre culture. Aujourd’hui, la femme doit être libre, heureuse, et l’égale de l’homme. C’est un enjeu essentiel pour notre société.

Stop aux violences, « pas une femme de plus » tuée par son conjoint. C’est le mot d’ordre des 150 000 femmes et hommes* qui ont marché samedi 23 novembre 2019, en France, pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Caroline De Haas, membre du collectif féministe #Nous Toutes, se félicite de l’augmentation considérable de la mobilisation pour cette cause féminine « C’est la plus grande marche de l’histoire de France contre les violences. » déclare t-elle.

Une situation préoccupante

On ne peut, en effet, que se réjouir de l’éveil des consciences, face à ce fléau des violences faites aux femmes. Car la situation est alarmante et inacceptable.

Lors du colloque du 21 novembre dernier, organisé dans le cadre du « Grenelle des violences conjugales », Abigail Vacher, chargée de mission à la MIPROF**, rapporte les chiffres glaçants de 2018***, en France :

121 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Une femme tous les trois jours !

213 000 femmes ont déclaré être victimes d’agressions, de violences physiques et ou sexuelles, par conjoint ou ex-conjoint.

Ces chiffres sont le résultat d’une moyenne concernant des femmes âgées de 18 à 75 ans. Les violences d’ordre psychologique et sociale ne sont pas prises en compte. Elle ajoute que beaucoup de victimes sont mineures : les violences sexuelles ont augmenté de 18% depuis 2017. Malgré une progression dans la libération de la parole, grâce à la mobilisation des associations féministes et au déploiement des portails de signalement, le nombre de plaintes reste encore très largement insuffisant : 12% de plainte.

Ces souffrances que l’on cache

Parmi ces femmes, 1 sur 5, seulement a déposé plainte. 1/4 ont consulté un médecin. La moitié d’entre elles n’a fait aucune démarche. Abigail Vacher précise à ce sujet que les femmes sont toujours réticentes pour déclarer une violence psychologique ou sexuelle, encore très taboues dans notre société. La souffrance, l’humiliation, la soumission font honte, elles ne se disent pas. Elles se subissent et se supportent en silence.

La plainte est une démarche encore plus difficile à réaliser lorsqu’il s’agit d’une femme handicapée. Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire des violences en Seine Saint Denis, dénonce les stéréotypes des représentations concernant la femme en situation de handicap :« la société considère que ces femmes n’ont pas toutes leur capacité de jugement. Leur parole est encore plus remise en cause. Leur droit à vivre en couple est contesté de même que leur droit à l’amour et à la sexualité. » déplore t-elle.

Le 114 est un numéro d’appel urgent destiné aux personnes handicapées qui ne peuvent pas appeler : sourdes, malentendantes… C’est un numéro  gratuit et unique pour  toute la France. 24h/24h et 7/7 jours.

Pourtant, elles sont particulièrement touchées par les violences conjugales. Les chiffres de l’ONU révèlent en 2012 que 4 femmes handicapées sur 5 subissent des agressions. « Le handicap accroît le risque de violence. » explique t-elle. Ainsi, en situation de handicap, les femmes ont 2 fois plus de risques de subir des violences. Parmi les femmes et filles autistes : 88% sont victimes de violences sexuelles.

Le 114 est un numéro d’appel urgent destiné aux personnes handicapées qui ne peuvent pas appeler : sourdes, malentendantes… C’est un numéro gratuit et unique pour toute la France. 24h/24h et 7/7 jours, des équipes d’agents entendants et sourds répondent aux appels. Ouverte depuis 2011, cette plateforme garantit la confidentialité et la discrétion. Le 114 peut être appelé par SMS et fonctionne, depuis 2018, avec des vidéos, des textes ou la voix.

On mise sur la formation

Au cours de ce colloque, l’accent a été mis sur la formation. Elisabeth Moiron-Braud, Sécrétaire générale de la MIPROF qui animait cette journée, a insisté sur l’exigence d’une formation pour tous : avocats, magistrats, policiers, gendarmes, travailleurs sociaux, associations, professionnels de santé. C’est un « Préalable nécessaire pour améliorer la protection et l’accompagnement des victimes. » a-t-elle précisé.

Ainsi, ont été mis en place, début 2019, deux groupes de travail : un groupe sur la grille d’évaluation du danger, piloté par le ministère de l’intérieur, avec le soutien de la MIPROF. L’autre groupe, piloté par l’ENM, avec l’appui du ministère de la justice et de la MIPROF, s’est concentré sur l’élaboration d’un kit de formation à disposition des magistrats.

Des kits téléchargeables et gratuits

Afin de guider les professionnel.le.s susceptibles d’intervenir auprès des femmes victimes de violences, des outils de formation sont mis à leur disposition. Divers kits sont téléchargeables gratuitement sur le site https://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/ . Ils s’adressent  aux professionnel.le.s  de la santé, du social, de l’éducation, de la sécurité, de la justice…

Après la formation, il faut appliquer

Stages, formations, sessions interprofessionnelles sont donc au programme pour mettre en œuvre le dépistage, mais également, une prise en charge plus adaptée aux difficultés des victimes de violences conjugales. Il s’agit, entre magistrats, enquêteurs et intervenants sociaux de « mutualiser, d’échanger, de partager, et de se former ensemble pour adapter les pratiques. » a notamment déclaré Sandrine Guillon (Brigades de protection de la famille, spécialisées en matière de violences intra-familiales).

Un chantier ambitieux quand on connaît la force d’inertie qu’entretiennent certains agents, face à toute idée de changement, au sein des institutions de l’Etat. Souhaitons que la gravité et l’ampleur des violences conjugales interpellent et motivent les actrices et acteurs concernés.

Briser la loi du silence

L’accent a également été mis sur le rôle majeur des médecins dans l’information et le repérage des victimes de violences conjugales. Matilde Delespine, sage-femme coordinatrice, a souligné l’importance de réaliser un focus sur le questionnement systématique. Il est nécessaire, pour le médecin, de questionner la patiente qui vient le consulter, ceci même en absence de signe d’alerte. Elle explique que ce questionnement bienveillant et attentif à l’égard de la patiente peut lui permettre de sortir de son isolement et de son silence. « Ce n’est pas qu’elle ne veut pas parler, c’est qu’elle ne peut pas parler. » précise t-elle. Ainsi, la femme qui subit les violences de son conjoint demeure sous son emprise. « Le silence n’est pas un choix, il est imposé par l’agresseur pour garantir son impunité. » ajoute Matilde Delespine.

Les bonnes volontés s’entretiennent

Pierre Achache, médecin urgentiste à Bougoin-Jallieu, soulève quant à lui, la nécessité d’entretenir et de maintenir les motivations et les forces d’action au sein des personnels de santé. Il est nécessaire de rappeler sans cesse les choses aux professionnels, car certains font la sourde oreille. Il faut communiquer dans l’établissement, « Former les personnels, fédérer les actions, développer une culture des violences faites aux femmes. » explique t-il.

Développer une culture des violences faites aux femmes pour mieux les identifier, les comprendre et les prendre en charge, c’est aussi, d’une certaine manière, remettre en question notre culture.

Il est nécessaire de porter un regard honnête et courageux sur les contradictions et les inégalités qui se perpétuent entre les femmes et les hommes dans notre société.

Si, comme le rappelle Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, « En plus de l’action de l’Etat et des pouvoirs publics, Il faut une action résolue de toute la société. », une révision de notre culture est alors incontournable.

Il est indispensable de s’interroger sur les représentations et les valeurs qui régissent et sous-tendent les rapports Femme/Homme. Il est nécessaire de porter un regard honnête et courageux sur les contradictions et les inégalités qui se perpétuent entre les femmes et les hommes dans notre société.

Développer une culture de l’égalité Femme/Homme

S’il est désormais admis et reconnu qu’il n’est pas normal qu’une femme soit battue par son conjoint, comment peut-on encore admettre qu’une femme reçoive un salaire inférieur à son conjoint pour le même travail ?

Comment un système social inégal pourrait-il générer un vrai sens du respect et de l’égalité entre l’homme et la femme ?

Quelle éducation donne t-on aux garçons et aux filles ? Parlons-nous de l’amour et de la violence dans nos écoles ? Pourquoi l’amour et la sexualité sont-ils encore tabous dans notre société ? Nous savons que la loi du silence entretient les confusions, les malentendus, les abus. Elle fait le jeu des abuseurs, des violeurs, des violences sexistes et sexuelles, des féminicides…

Changer en profondeur

Si tout le monde doit s’y mettre, si chacun.e doit prendre ses responsabilités pour lutter contre les violences conjugales, nous devons le faire dans la clarté et la vérité de ce qui se joue vraiment entre la femme et l’homme.

Il y a un gros travail à faire, de dépoussiérage d’une ancienne culture patriarcale dont nous subissons encore l’empreinte aujourd’hui. Il y a une clairvoyance à développer, une vraie culture de l’égalité Femme/Homme à mettre en œuvre, une volonté de changer vraiment et profondément. C’est possible ! Il suffit d’en prendre la décision, maintenant.

La violence conjugale n’est pas une fatalité, les inégalités Femme/Homme non plus.

*D’après le comptage du collectif féministe #NousToutes

**MIPROF : crée en 2016 et chargé de diffuser les données de la situation des violences faites aux femmes

***Enquête cadre de vie et sécurité (CVS) : réalisée par l’INSEE, et l’ONDRP :

Portail et numéros utiles :

3919  Appel  gratuit : « Écoute, informe et oriente les femmes victimes de violences, ainsi que les témoins de violences faites à des femmes.

Traite les violences physiques, verbales ou psychologiques, à la maison ou au travail, et de toute nature (dont les harcèlements sexuels, les coups et blessures et les viols). « 

Ouvert 7 jours sur 7

  • de 9h à 22h du lundi au vendredi,
  • et de 9h à 18h le samedi, le dimanche et les jours fériés.

Appel anonyme.

114 : Numéro d’appel urgent destiné aux personnes handicapées qui ne peuvent pas appeler : sourdes, malentendantes… C’est un numéro  gratuit et unique pour toute la France, 24h/24h et 7/7 jours.

115 : « Numéro d’urgence sociale qui assure des missions d’accueil, d’écoute et d’information, en matière d’hébergement, d’aide alimentaire, d’accès aux soins ou toute autre prestation de 1ère urgence. »

Portail de signalement des violences sexuelles et sexistes : https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/R50509

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