Bébé est là, et ça change tout !

16 septembre 2019
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Bébé est arrivé ! On l’a attendu pendant 9 mois. On l’a imaginé, peut-être même idéalisé. Maintenant, il est là, tout rose, posé sur notre épaule, dormant paisiblement. Un rayon de soleil dans notre vie, mais aussi un véritable challenge pour notre couple. Comment trouver un nouvel équilibre dans cette famille toute neuve ? Quels écueils éviter pour maintenir notre couple vivant ? Pascal Anger, psychothérapeute, nous explique tout.

Bébé vient de naître. A cet instant, tout bascule. Plus rien ne sera jamais comme avant. Nous venons de tirer un trait définitif sur notre insouciance. Nous sommes devenus responsables d’une autre vie, et pas n’importe laquelle, celle de notre enfant.

Bien sûr, on nous en avait déjà parlé. On nous avait décrit tout ce qu’implique l’arrivée de bébé à la maison. Nous avions même lu des livres sur le sujet. On s’y attendait, on s’y préparait. Mais ce n’est vraiment que sur le terrain, dans le vif de l’action, que l’on sait véritablement ce que c’est que de devenir parents.

Le grand chamboulement

C’est un grand changement, un bouleversement dans notre vie personnelle et notre couple, qui engage tout un processus de transformation, explique Pascal Anger.

« L’arrivée d’un enfant transforme radicalement la vie conjugale. Un homme et une femme s’aimaient. Maintenant, c’est un père et une mère qui coexistent ensemble. La structure du couple se déséquilibre, chacun doit trouver sa place. Avec la maternité, l’homme perd une femme, et retrouve une mère. »

Une mère dans tous ses états et une femme aux aguets, car l’arrivée de l’enfant devient le centre de ses préoccupations et l’objet principal de son attention. En cause, son sens de la responsabilité, son rapport encore très fusionnel avec l’enfant qui vient de naître, mais aussi le cocktail d’hormones (ocytocine, adrénaline, endorphines, prolactine) dans lequel elle baigne encore. La prolactine notamment, hormone qui déclenche la montée de lait après l’accouchement, est aussi l’hormone de l’amour maternel qui centre l’intérêt de la mère sur son enfant.

Face à cela, le père risque de se voir déboussolé, un peu exclu, souligne le psychothérapeute « L’homme peut se sentir parfois négligé. Il n’est pas facile d’être père… Cela fait revivre ses propres relations avec son père, ses besoins, ses manques, et ses envies. »


La maman va reconquérir sa féminité. Laissons-lui du temps.

Pascal Anger

Au changement hormonal chez la femme, s’ajoute le changement du corps. Son ventre s’est détendu, ses kilos superflus sont encore bien présents. Peut-être éprouve t-elle certains inconforts, certaines douleurs encore liées à l’accouchement, autant d’éléments qui expliquent son indisponibilité à l’intimité sexuelle.

Que l’homme se rassure, ajoute Pascal Anger, c’est normal, et cela va passer. « La maternité peut fragiliser le corps, les cicatrices peuvent contribuer à une mauvaise image de la maman et une mauvaise confiance en soi. Il ne faut pas laisser les doutes s’installer. La maman va reconquérir sa féminité. Laissons-lui du temps. »

Le rôle de l’homme

Selon le psychothérapeute, ce qui compte, avant tout, c’est que l’homme soit acteur dans son couple et qu’il réaffirme, avec patience et douceur, sa place d’amoureux et d’amant auprès de sa femme.

« L’homme a un rôle important à jouer dans l’avenir de la sexualité à ce moment de l’arrivée de l’enfant. Il a su faire face à la transformation physique et aux fluctuations émotionnelles de sa compagne. Il est des passages comme la tendresse qui permettent de faire relai pour revenir à une meilleure libido. Il faut savoir être patient. Cela peut passer par une période d’abstinence totale, rien de grave, surtout si les câlins et la tendresse sont au rendez-vous. Cela passe par la valorisation de sa compagne, lui faire sentir qu’elle est toujours désirable. Et la rassurer, en lui réaffirmant que les relations intimes, c’est quand on peut et quand on veut. »

L’abstinence… un peu mais pas trop

Un rappel important, qui apaise les esprits, et déculpabilise. Cette abstinence provisoire a d’ailleurs du bon. Elle permet aux deux partenaires de trouver un vrai repos dans leur nouvelle vie éprouvante, rythmée sur le tempo des couches et des biberons. « Les nuits blanches et l’allaitement, le baby blues, peuvent renforcer la fatigue. » explique Pascal Anger, « En revanche si l’abstinence sexuelle s’installe durablement, il peut-être intéressant de consulter un psychothérapeute de couple. Il est important de partager ses inquiétudes, de ne pas rester isolé, d’oser poser des questions à quelqu’un de neutre, sans lien affectif et qui ne nous jugera pas. » précise-t-il.


On ne parle jamais assez !

Pascal Anger

On le voit, si chaque partenaire est un acteur ouvert et respectueux, le noyau dur du couple a de fortes chances de rester intact, voire même de se renforcer « C’est une période qui perturbe l’harmonie du couple, mais le cimente, si les partenaires acceptent leur différence à ce moment-là, et acceptent ensemble d’en parler. » fait remarquer le psychothérapeute.

De quoi parler ?

Pourtant, rien n’est jamais aussi simple. Si la grande majorité des couples est bien consciente de l’importance de parler ensemble, peu savent pratiquer une vraie communication à deux. Certains même ignorent les questions les plus basiques mais, essentielles, qu’ils peuvent échanger ensemble.

Comment vas-tu ? Comment te sens-tu aujourd’hui ? Qu’aimerais-tu faire ? De quoi as-tu envie ? Que ressens-tu en ce moment ? etc. Un ensemble de questions qui nous informe sur l’autre, qui nous permet de mieux la (le) comprendre, et qui maintient une réelle intimité entre les deux partenaires.

Comment parler ?

Peu habitués à communiquer d’une manière profonde et sincère ensemble, les deux partenaires ont de ce fait tendance à rester absorbés dans un schéma de conversation égocentrique, basé sur les reproches et le déni de leur part de responsabilité. Abandonner le « Tu » lorsqu’on s’adresse à sa (son) partenaire, et privilégier le « Je », permet de parler en son propre nom, et d’exprimer clairement et sincèrement ce que l’on ressent. Cela encourage l’ouverture de l’autre, qui ne se sent pas accuser, et favorise une écoute mutuelle et bienveillante.

Pour vivre dans l’harmonie

En insistant sur la nécessité de parler, d’entrer en dialogue avec l’autre, Pascal Anger souligne l’importance de sortir des non-dits, générateurs de frustrations et de malentendus. Il en va de la bonne santé et de l’harmonie du couple et de la famille. Car ce qui est bon pour les parents est bon aussi pour l’enfant explique-t-il « On ne parle jamais assez ! Re parler du partage des tâches, et des responsabilités de chacun autour de l’arrivée de bébé. Attention à bien être sur la même longueur d’onde dans la relation et l’éducation à l’enfant. Le couple doit continuer à se souder, à se cimenter, à se questionner sur les projets d’avenir. Le dialogue est essentiel. On ne devient pas père et mère du jour au lendemain. L’arrivée de l’enfant est toujours un bouleversement, mais grâce à l’énergie, l’attention et l’amour qui entourent le bébé, une famille naît. »

Parler, c’est donc ce qui va permettre de mieux comprendre tout ce qui se passe avec l’arrivée du bébé. Cela permet de mettre en évidence les nouveaux enjeux du couple, de redistribuer les places et les rôles, pour construire un nouvel équilibre.

Prendre sa place

Dans cette nouvelle vie, chacun doit avoir sa vraie place. La répartition équilibrée de l’importance et de la reconnaissance de chacun va déterminer la construction de l’harmonie au sein de la famille. Le bébé, la femme, l’homme, mais également le couple en lui-même, doivent se sentir exister et reconnus à part entière. Trop investir sur l’un ou sur l’autre mettrait en péril l’élaboration de ce précieux équilibre, prévient le psychothérapeute « Avec l’arrivée de bébé tout reste à inventer. Le lien va devoir se transformer. La vision de la vie change, Il faut faire de la place à cet enfant. Chacun a besoin d’être reconnu dans son rôle, il est important d’accepter et de reconnaître la place de l’autre. Ils sont devenus des parents mais ils demeurent un couple. »


Dès les visites prénatales, le père peut être présent et investir sa mission de paternité.

Pascal Anger

Pourtant, c’est un fait, de nombreuses femmes ont trop souvent tendance à former une bulle avec le bébé. Une tendance négative pour l’épanouissement de l’enfant mais également du couple. Car l’enfant a besoin d’espace mental pour se développer et grandir librement. Lui donner trop de temps, trop d’intérêt, c’est quelque part accaparer son attention, et lui retirer cet espace.

Le père et le bébé

Une bonne manière pour éviter la centration exclusive de la mère sur le bébé serait d’encourager le rôle du père. Un rôle qui se prépare en amont, durant la grossesse « Dès les visites prénatales, le père peut être présent et investir sa mission de paternité. Le père se rend vite compte que le bébé réagit à sa voix, il existe des liens de communication inter sensoriels, on s’aperçoit que le bébé « répond » à la voix, à l’odeur, au toucher et ce, différemment, en fonction de chaque parent. » explique Pascal Anger.


Continuez à entretenir votre couple, évitez les pantoufles.

Pascal Anger

Prendre sa place, c’est aussi donner à son couple l’intérêt qu’il mérite. Le couple est une entité à part entière. Sa force et sa vitalité se construisent et s’entretiennent à deux. On évite les faux prétextes pour rester centrer sur le bébé et délaisser son couple. Ainsi, on n’hésite pas à sortir, à se faire plaisir à deux, pour se retrouver, souffler, et s’abstraire de la pression quotidienne.

« Continuez à entretenir votre couple, évitez les pantoufles. L’enfant s’adapte à la vie des parents, rien ne vous empêche de sortir. Au contraire, bébé aime sentir ses parents heureux dans le changement positif, et non dans l’exclusion et la monotonie. »

Une famille libre et vivante

Nous l’avons bien compris, avec bébé, un nouveau couple est arrivé ! « Tous les couples sont confrontés à un réaménagement au moment de l’arrivée de bébé. » rappelle Pascal Anger. Ce qu’il ne faut surtout pas oublier, c’est que ce réaménagement se construit en concertation avec notre partenaire. Un excellent moyen d’éviter le baby clash, disputes, cris, non-dits, exclusion, frustrations autour de l’enfant. Il n’est pas toujours facile de reconnaître et d’accepter les difficultés que l’on éprouve avec l’arrivée de bébé. Là encore, si les épreuves deviennent insurmontables, il est important de demander aide et conseils auprès d’un psychothérapeute.

Il s’agit de protéger le bien-être de chacun et de ne pas s’éloigner entre partenaires, au risque de se perdre. Car la naissance de bébé c’est aussi la naissance et le ferment d’un nouveau couple. De sa joie, de son bonheur d’être unis et solidaires, d’accueillir, à deux, l’arrivée d’une nouvelle vie, dépendra le développement, joyeux et harmonieux, d’une famille dans laquelle chacun(e) se sentira libre et vivant.

Bébé, parents, amants, à chacun son amour et à chacun sa place

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