Perturbateurs endocriniens, soyons vigilants!

8 juin 2017
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Perturbateurs endocriniens, ça vous dit quelque chose ? Tout le monde est concerné, explique  l’endocrinologue Boris Hansel. Pourtant, la plupart d’entre nous connaissent mal le sujet. Les dernières études le prouvent : qu’elles soient naturelles ou de synthèse, ces substances ont des conséquences réelles sur la fonction sexuelle et reproductrice de l’être humain.

Perturbateurs endocriniens(PE)…c’est quoi exactement ? Difficile de répondre avec une grande précision à la question. Les spécialistes n’ont pas encore recensé l’ensemble de ces produits. Il semblerait d’ailleurs que la liste s’allonge de jour en jour. Ce sont des molécules chimiques ou naturelles, que l’on trouve dans l’environnement, dans l’alimentation, dans l’air, explique Bernard Jegou, endocrinologue et Directeur de recherche à l’ INSERM. Elles peuvent avoir un double effet, que les spécialistes ne s’expliquent pas toujours.

Soit elles « bloquent l’action des hormones sur leurs récepteurs, et rompt l’homéostasie et les équilibres endocriniens, soit, au contraire, se lient aux récepteurs hormonaux, et induisent des réponses au mauvais moment » poursuit-il.  Le distilbène, un œstrogène de synthèse, prescrit à de nombreuses femmes du monde entier, entre 1950 et 1977, est certainement le plus connu. Censé éviter les fausses couches, son inefficacité est prouvée dès 1953. Le distilbène se révèle être, par contre, un redoutable  générateur de pathologies.

 

Des effets nocifs et persistants

Suite à l’observation d’une augmentation des cancers du vagin et du col de l’utérus, chez les filles dont la mère avait pris cette molécule, sa commercialisation est interdite. Sage décision. Mais un problème demeure. Les effets des PE sont persistants. Depuis son interdiction en France en 1977, le D.E.S (Distilbène, et Stilboestrol Bome), poursuit son œuvre dans les organismes. Jacques Cofard, pour Medscape, rapporte une étude visant à valider les conséquences pathologiques du distilbène. Lancée par l’association DES France en 2013, cette toute première enquête nationale portait sur trois générations : les mères, les filles et les fils exposés ainsi que les petits-enfants. Pour les mères, âgées de plus de 55 ans en 2013, ayant pris du Distilbène,  l’étude a démontré « une légère augmentation de la fréquence du cancer du sein « .

Concernant les filles DES âgées entre 36 et 63 ans actuellement, on observe de nombreux effets : malformations génitales, infertilité, complications de grossesse. Les fils sont également touchés et peuvent présenter une cryptorchidie ( l’absence d’un ou des deux testicules dans le scrotum). Les conséquences tendraient à diminuer cependant pour la troisième génération.

 

Le concept de perturbation endocrinienne par des substances étrangères, est de plus en plus prouvé

 

Malgré cette première leçon donnée par le Distilbène, les perturbateurs endocriniens continuent de s’accumuler dans notre environnement et d’agir sur nos organismes. Selon le Dr Boris Hansel, endocrinologue nutritionniste à l’hôpital Bichat (Paris), le concept de perturbation endocrinienne par des substances étrangères, est de plus en plus prouvé. On observe notamment une hausse des malformations génitales, hypospadias (anomalie de position de l’urètre du pénis) et micropénis chez les garçons. Par ailleurs, une étude menée par l’Institut de Veille Sanitaire, parue en 2012, montrait une baisse de la qualité du sperme des Français.

Côté féminin, une étude américaine, publiée en 2015 par le Dr Amber Cooper (Université Washington, Saint-Louis, Etats-Unis) et son équipe met en cause 15 perturbateurs endocriniens. Les résultats démontrent un lien significatif entre ces PE et la ménopause précoce. Il s’agit de neuf PCB (PolyChloroBiphényle, dérivés chimiques chlorés, ou pyralènes), trois pesticides, un furane (additif de produits ménagers) et deux phtalates (composés chimiques, utilisés comme plastifiants des matières plastiques). Les femmes, particulièrement exposées à ces perturbateurs endocriniens, sont ménopausées, en moyenne, 1,8 et 3,8 ans plus tôt. Les deux phtalates auraient des conséquences plus importantes encore puisqu’ils avanceraient la ménopause entre 3,8 et 3,17 ans.

Une ménopause précoce peut avoir « […] un effet significatif sur la santé des os ou du système cardiovasculaire, mais aussi sur la mémoire et la qualité de vie des femmes en général », précise le Dr Amber Cooper.

Même si les autorités sanitaires semblent avoir pris la mesure des conséquences néfastes des perturbateurs endocriniens sur la santé, la vigilance est de mise, car il reste encore beaucoup à faire. D’après l’Institut de Veille Sanitaire, Les Français sont, en effet, particulièrement imprégnés de pesticides et de PCB, et font partie des plus exposés à ces produits nuisibles en comparaison avec d’autres pays industrialisés. Une palme dont on se passerait bien, et une affaire à suivre de très près !

 

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