Les Baby Boomers et l’amour

12 septembre 2019
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Les Baby Boomers, petits ou grands, ont presque tous vécu en 68. Ils ont entre 50 et 75 ans. Comment ces artisans de découvertes et de changement, épris d’idéal, de joie et de bonheur, vivent-ils l’amour ?

Les Baby Boomers, ont surfé sur la vague du Peace and love « paix et amour », lancée dans les années 1960 par le mouvement hippie. D’une manière ou d’une autre, ils ont trempé dans ce courant d’ouverture, de liberté et de quête d’authenticité, qui remet en question les conditionnements étriqués et résignés de la génération précédente, surnommée la Génération silencieuse.

L’intimité en question

L’amour, l’intimité, sont des notions toujours difficiles à définir autant qu’à expliquer. Malgré une littérature abondante sur le sujet, peu de recherches qualitatives ont été réalisées jusqu’à ce jour. Ce domaine reste donc encore, grand ouvert, sur un foisonnement de questions et d’inconnus. Comment vit-on l’amour ? Qu’est-ce que l’intimité ? Comment est-elle perçue et vécue dans le couple ? La qualité de la relation amoureuse interroge, le manque d’intimité préoccupe. A tel point que les spécialistes observent une augmentation des consultations sur ce sujet, aussi bien de la part des jeunes adultes que des plus âgés.

Une « étude exploratoire » réalisée par Maxime Gagnon* et Jocelyne Thériault*, parue dans le Bulletin de psychologie 2006/1 (Numéro 481), nous fournit un éclairage sur la manière dont sept couples, hommes et femmes de la génération des Baby Boomers, vivent et conçoivent l’intimité dans leur vie à deux.

L’objectif de l’étude était précisément de « sonder la nature multidimensionnelle de l’intimité sexuelle vécue dans la relation de couple actuelle et, spécifiquement, chez des personnes de 50-60 ans. »

L’analyse des réponses données par les Baby Boomers à travers cette étude qualitative met en lumière deux dimensions essentielles à leurs yeux.

Le physique et l’affectif

Contrairement aux idées reçues d’une intimité sexuelle exclusivement réduite au rapport coïtal, les couples interrogés élargissent et développent en détails cette notion de l’intimité amoureuse.

Aimer, c’est faire l’amour, et faire l’amour c’est aimer. Rien ne se fait l’un sans l’autre. Le physique et l’affectif sont intimement liés. La qualité du rapport sexuel, la satisfaction qui en découle, dépendent de la qualité relationnelle du couple.

Il ne suffit pas de satisfaire des besoins physiques, encore faut-il aimer vraiment et s’investir pleinement dans la relation. C’est selon eux un levier essentiel pour l’épanouissement sexuel.


La dimension émotionnelle et affective fait partie intégrante de l’intimité sexuelle.

« La relation sexuelle c’est pour combler un besoin physique, mais si tu y mets plus, t’as des chances que ça grandisse tout le temps. » confie un participant de 55 ans.

Ainsi, pour cet échantillon de Baby Boomers, c’est le quotidien entre les deux partenaires qui tisse, jour après jour, la relation amoureuse. La manière dont on se parle, dont on se regarde, la paix et la sérénité que l’on ressent, le respect de l’autre, la tendresse, la confiance, le partage, la considération… sont autant d’intentions et d’attitudes qui nourrissent et amplifient le feu joyeux de l’intimité au sein du couple.

Selon ces Baby Boomers, l’intimité se construit donc à travers un échange équitable d’accueils et de dons mutuels. Chaque partenaire aime se sentir satisfait dans la dynamique de sa relation amoureuse. Il (elle) aime faire plaisir à l’autre mais également se faire plaisir à lui-même (elle-même). Le contact physique et sexuel découle tout naturellement de cette qualité relationnelle.

On le voit, la dimension émotionnelle et affective fait partie intégrante de l’intimité sexuelle. En fait, elles s’alimentent mutuellement. La sexualité renforce, et l’émotionnel rassure. L’un et l’autre crée la proximité entre les deux partenaires qui se sentent aimés et reconnus.

Quels outils permettent de mettre en oeuvre ce subtil équilibre ? Là encore, les Babys Boomers apportent leurs réponses.

La communication

Ils s’informent mutuellement, dans un partage égal, sincère et transparent, de ce qu’ils sont profondément : ce qu’ils ressentent, ce qu’ils aiment ou ce qu’ils n’aiment pas. C’est un échange de cœur à cœur, une révélation de soi. Un excellent moyen, selon eux, d’installer la confiance mais également de renforcer le désir de s’investir dans leur vie de couple.

La sensualité tendre

D’après les Baby Boomers interrogés, la dimension physique caractérise le rapport sexuel, mais pas seulement. A cela se rajoute les caresses, les baisers, les enlacements et les contacts par le regard. Ces attentions constituent l’apport incontournable pour favoriser le rapprochement des corps et le sentiment d’intimité profonde entre les deux partenaires. Ils considèrent comme important de bien se connaître soi et l’autre. Selon eux, une bonne connaissance des désirs et des besoins de l’autre renforce leur complicité sexuelle.

La sexualité désirée

Chez les Baby Boomers, on a besoin de se sentir désirés et aimés. Un désir sans faux-semblant, vrai, et consenti pleinement.

Pour eux, la satisfaction sexuelle constitue un levier important, car elle renforce leur estime personnelle, leur confiance et leur sentiment de vivre, à part entière. A cet âge, bien qu’encore jeune, mais s’acheminant vers le vieillissement, les peurs de décliner, la crainte d’être moins attrayant (te) pour son (sa) partenaire, les questionnements sur les corps qui changent, pointent le bout de leur nez, et fragilisent les esprits. Une sexualité vivante et épanouissante leur permet, alors, de se sentir reconnus, appréciés, capables encore de séduire, de donner et de recevoir du plaisir. C’est la magie de la vie, la preuve que l’énergie est toujours là, prête à se déployer dans l’amour.

Paix et amour

Un(e) partenaire ouvert(e), accueillant(e), bienveillant(e), qui reconnaît l’être aimé, lui offre une vraie place à ses côtés. Une relation de confiance mutuelle, de respect et de reconnaissance, qui renforce l’estime de soi. L’écoute et la prise en compte des émotions, des désirs et des besoins de l’autre, une intimité sexuelle riche, une sexualité épanouissante … Il semblerait que cet échantillon de Baby Boomers possédait déjà les clés essentielles pour vivre un amour authentique, presque…idéal. Y sont-ils parvenus ? La conclusion de l’étude ne nous le dit pas.

*Maxime Gagnon : Docteur en psychologie, Centre de recherche sur le vieillissement, Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, Québec, Canada

*Jocelyne Thériault : Docteur en psychologie, Recherche et Intervention, Université du Québec à Montréal

Aimer c’est faire l’amour et faire l’amour c’est aimer

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