L’état de stress post-traumatique : Comment l’identifier ?

3 mai 2020
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L’état de stress post-traumatique, tout le monde peut en souffrir un jour. Sournoisement il altère notre équilibre physique et mental, paralysant notre vie sociale et impactant notre vie familiale. Comment le reconnaître avant qu’il ne dégrade notre vie ? Visite guidée au cœur d’un trouble aux évolutions imprévisibles.

L’état de stress post-traumatique opère souvent en mode sous-marin. Pendant qu’à la surface tout semble suivre un cours normal, en profondeur, le trouble s’installe.

Au fil des jours, parfois 6 mois après l’événement traumatique, les symptômes apparaissent. Mais avant de décrire ces différents symptômes, voyons d’abord ce qui les provoque. Le mot « traumatisme » est issu du grec ancien traumatismos (“action de blesser”). Par définition, une blessure produit des troubles douloureux. Ils peuvent être d’ordre psychique ou physique, parfois les deux, c’est ce que nous allons voir avec le TSPT (trouble de stress post-traumatique).

Un événement grave et inattendu

Un traumatisme est donc une blessure occasionnée par un acte ou un événement. Il s’agit d’un événement ou d’un acte exceptionnel, inattendu, hors du commun et grave : torture, guerre, génocide, hold-up, agressions physiques, violences sexuelles, violences conjugales, prises d’otage, accidents routiers, accidents nucléaires, incendies, séismes, tsunamis, inondations, épidémies mortelles, etc. . Plus l’événement survient de manière totalement fortuite, plus il est traumatique.

L’effondrement des bases essentielles

Face à une expérience traumatique, une catastrophe climatique, un attentat, une agression, un viol, une mort subite…nous vivons un moment de stress intense qui génère selon les circonstances une panique, une grande peur, un sentiment d’impuissance, d’horreur ou de honte. Evelyne Josse*, psychologue clinicienne, définit entre autre le traumatisme comme un événement qui “remet en cause les valeurs essentielles de l’existence que sont la sécurité, le respect de la vie, la morale, la solidarité, etc.”

On le voit, un traumatisme vient effondrer notre système de valeurs qui constitue les fondements de notre sentiment de sécurité et d’intégrité. Il est donc normal de se sentir profondément atteint(e) et de ressentir une grande détresse.

Le psychisme est comme anesthésié. Cela lui permet de ne pas subir de plein fouet le souvenir d’un événement induisant une forte peur, une panique, une détresse intense ou de l’effroi.

Toutefois, il arrive que les victimes n’éprouvent  pas d’émotions négatives sur le moment. Les pleurs, la colère, la terreur ne sont pas exprimées, et de ce fait, non déchargées. Pour autant, cela ne les empêchera pas d’en souffrir par la suite, à plus ou moins long terme. En fait, un mécanisme de dissociation de leurs émotions leur a permis de réagir de manière neutre et adéquate au moment de l’expérience traumatique. Ils (elles) ne ressentent ni effroi, ni impuissance, ni honte par exemple lors d’un attentat, d’un accident de la route ou d’un viol.

Une réaction en différé

Ainsi, entre la situation traumatisante et la manifestation des premiers troubles psychiques, il peut s’écouler quelques semaines, voire quelques mois. L’évolution de l’état de stress peut alors durer plusieurs mois ou plusieurs années, voire ne jamais disparaître. C’est pour cette raison que l’on qualifie cet état de stress post-traumatique (ESPT).

Durant ce temps de latence, le psychisme est comme anesthésié. Cela lui permet de ne pas subir de plein fouet le souvenir d’un événement induisant une forte peur, une panique, une détresse intense ou de l’effroi. C’est donc “une stratégie psychique défensive. “

L’état de stress post-traumatique : Qui est concerné ?

Dans cette période hors-norme de pandémie liée à la maladie COVID-19, que nous traversons actuellement, nous sommes toutes et tous potentiellement la cible d’un trouble de stress post-traumatique. Pourtant, tout le monde ne sera pas touché par le TSPT. Selon les personnes, leur sensibilité, leur histoire personnelle et leur éducation, cet événement n’aura pas le même impact sur leur vie physique et mental.

Certaines études révèlent  que 8 à 10% de la population serait confrontée un jour ou l’autre à un état de stress post-traumatique. Environ 4% en souffrent sur une période de 12 mois. Il semblerait qu’un certain nombre de facteurs prédispose cet état de stress post-traumatique.

Chaque personne réagit différemment au trauma

Jones et Barlow proposent notamment un modèle biopsychosocial du TSPT (1990, 1992). Ce modèle comprend 5 principaux facteurs de source étiologique, biologique, cognitive et comportementale qui, selon eux, expliquent le développement différentiel de l’état de stress post-traumatique chez les individus :

  • Vulnérabilité biologique et psychologique de la victime préexistante au traumatisme : présence de maladies mentales dans l’histoire familiale, dépression, trouble panique ou obsessif-compulsif, expériences douloureuses antérieures au trauma.
  • Caractéristiques de l’événement traumatique : son degré de sévérité, son potentiel de menace à la vie de la personne, ses éléments imprévisibles et incontrôlables, ses conséquences sur le déclenchement d’une « alarme vraie » suscitant une peur très intense face à un événement objectivement dangereux.
  • Conditionnement au moment de l’événement traumatique : l’alarme “vraie” génère une alarme “apprise”. Après l’événement, la victime manifeste des attaques de panique et des symptômes intrusifs.
  • Le TSPT se développe lorsque la victime éprouve une anxiété d’appréhension concernant la manifestation de ces alarmes apprises. Elle met en place un système d’évitement et d’hypervigilance à l’égard de tout élément associé au trauma.
  • Réaction au trauma en fonction de la capacité de gestion du stress et de la qualité de soutien de l’environnement social et familial de la victime.

Ce modèle met en évidence qu’un ensemble de facteurs, conjugués les uns aux autres, contribue à développer l’état de stress post-traumatique. Par conséquent, un faisceau complexe sous-tend la réaction à un événement traumatique et, chaque personne, selon son histoire unique, y réagira à sa manière.

Apporter une attention toute particulière à ces personnes plus exposées que les autres au Coronavirus.

On le voit notamment à travers l’expérience du confinement. Les réactions des uns et des autres sont diverses : certains(nes) vivent l’événement avec philosophie, se disant que le confinement est incontournable. Ils profitent de ce temps pour se consacrer à des activités qu’ils avaient jusque là mises entre parenthèses. D’autres en profitent pour retrouver le goût de l’essentiel et se rapprocher de la nature. Malgré la conscience lucide du danger potentiel, Ils(elles) vivent le confinement avec un certain recul, sachant en tirer la part positive. Ils ont très certainement aussi une bonne capacité de résistance face au trauma.

D’autres à l’inverse reçoivent le confinement avec inquiétude. Certains(nes) font face à des angoisses irrationnelles, se demandant s’ils vont pouvoir sortir, comment ils vont devoir organiser leur vie après le confinement. Ils(elles) ont peur pour eux(elles)-mêmes, pour leurs proches, pour le monde. Tout est sujet à des questionnements anxiogènes. Certains(nes), paralysés(ées) par l’angoisse ne parviennent même plus à se lever et restent au lit une bonne partie de la journée. Peurs, doutes, panique, incertitudes, appréhensions, désespoir, les envahissent.

Les personnes particulièrement menacées

Dans la situation traumatique que nous vivons actuellement, les personnels de soins, aides soignants(tes), infirmiers(ières), médecins, sont particulièrement ciblés et risquent de dépasser leur seuil de tolérance. Chaque jour, la confrontation permanente à la détresse des patients(tes), à la contagion, à la mort, au désarroi des familles, mais également au manque de traitement, au manque de matériel, d’équipement et de personnel, à la responsabilité de devoir sélectionner les malades pour l’accès aux soins intensifs, à la souffrance, à la fatigue et l’épuisement que ces circonstances aggravantes produisent, les placent en première ligne face au risque de développer un état de stress post-traumatique.

De la même manière, les personnes atteintes par le SARS-COV-2 sont potentiellement à risque. La peur de mourir, de contaminer leurs proches, d’infecter les autres à l’hôpital, d’être un malade de plus dans des services de soins surchargés, puis la peur de la stigmatisation des autres lorsqu’ils(elles) seront guéris(ies), la culpabilité de survivre à d’autres membres de leur famille n’ayant pas survécu à l’épidémie, augmentent la possibilité de développer un état de stress post-traumatique.

Libérer leurs émotions

Il convient donc d’apporter une attention toute particulière à ces personnes plus exposées que les autres au Coronavirus. Il s’agit de rester à leur écoute, de leur permettre d’exprimer leurs émotions, de les encourager à se réserver un temps régénérant qui les aidera à se sentir mieux. Concernant les personnels soignants, il convient de leur témoigner toute notre compréhension et pas simplement notre admiration. Car, si chacun(une) a pu les élever au rang de héro ou héroïne, bien mérité au vu de leur courage et de leur engagement dans cette bataille contre le SARS-COV-2, ils n’en restent pas moins des femmes et des hommes, sensibles, et potentiellement vulnérables au trauma.  

Mais alors, comment savoir si nous-même, ou l’un de nos proches est peut-être engagé sur la voie d’un état de stress post-traumatique ? Voici les signes ou comportements qui peuvent nous alerter.

Description du syndrome de l’état de stress post-traumatique

Nous pouvons être touchés par l’ESPT de 3 manières différentes :

  • La personne est la victime de l’événement traumatisant
  • La personne est le témoin d’un événement grave : accident, décès, catastrophe touchant de nombreuses victimes…
  • La personne est exposée à un agent stressant intense, notamment certains professionnels : médecins, infirmiers, pompiers, secouristes, policiers, militaires, travailleurs humanitaires…

Phases d’évolution de l’état de stress post-traumatique :

Cet état peut se développer en 3 phases :

  • La personne réagit d’une manière normale à une situation inhabituelle
  • La personne, animée par la peur de revivre l’événement traumatisant est dans un état de vigilance constante. Elle se montre irritable, agressive, anxieuse, a des troubles du sommeil et manifeste un comportement d’évitement de toute situation susceptible de lui rappeler le traumatisme vécu. Cet état se prolonge quelques semaines puis disparaît progressivement.
  • L’état de stress ne disparaît pas et devient post-traumatique

3 types de stress post-traumatique :

  • TSPT aigu : les symptômes apparaissent dans les 6 mois suivant le traumatisme et durent moins de 6 mois
  • TSPT chronique : les symptômes durent depuis plus de 6 mois
  • TSPT tardif : les symptômes apparaissent 6 mois après le début de la situation traumatisante

Afin de poser le diagnostic d’un état de stress post-traumatique avéré, les professionnels de la santé mentale se réfèrent à 6 critères répertoriés notamment dans le DSM IV – American Psychiatric Association (manuel diagnostique et statistique des problèmes psychologiques et/ou des troubles mentaux ) :

Après vérification que les symptômes ne sont pas dus à l’utilisation d’un médicament, d’une drogue ou à un autre trouble, les professionnels vérifient que la victime répond aux conditions suivantes :

A/ L’événement traumatique comporte deux critères  :

  • La personne a vécu ou a été confrontée à un événement ou des événements au cours desquels des individus ont pu mourir ou être très gravement blessés ou encore menacés de mort ou de graves blessures. L’intégrité physique de la personne ou d’autrui a pu être menacée.
  • La personne a réagi par une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur

B/ L’événement traumatique est constamment revécu, de l’une ou plusieurs, des façons suivantes :

  • La personne est envahie de souvenirs répétitifs de l’événement (images, pensées, perceptions), ce qui produit un sentiment de détresse
  • La personne subit des rêves répétitifs et pénibles de l’événement, ce qui produit un sentiment de détresse
  • La personne a des impressions subites ou des agissements comme si l’événement traumatique se reproduisait (sentiment de revivre l’événement, illusions, hallucinations et épisodes dissociatifs (flash-back)
  • La personne ressent un sentiment intense de détresse psychologique en cas d’exposition à des indices internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect du traumatisme vécu
  • La personne présente une réactivité physiologique en cas d’exposition à des indices internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect du traumatisme vécu

C/ La personne évite de manière persistante des stimuli associés au traumatisme. Elle présente au moins trois des manifestations suivantes :

  • Efforts pour éviter les pensées, sentiments ou conversations associées au traumatisme
  • Efforts pour éviter les activités, endroits ou gens qui éveillent des souvenirs du traumatisme
  • Incapacité de se rappeler d’un aspect important du traumatisme
  • Réduction nette de l’intérêt ou de la participation pour des activités importantes ou bien réduction de la participation à ces mêmes activités
  • Sentiment de détachement d’autrui ou bien de devenir étranger par rapport aux autres
  • Restriction des affects (ex : incapacité à éprouver des émotions positives, le bonheur, la satisfaction, des sentiments tendres)
  • Sentiment que l’avenir est “bouché” (ex : avenir professionnel, mariage, famille)

D/ La personne présente des symptômes persistants traduisant une activation neurovégétative, au moins deux des manifestations suivantes :

  • Difficultés d’endormissement ou sommeil interrompu
  • Irritabilité ou accès de colère
  • Difficultés de concentration
  • Hyper vigilance
  • Réaction de sursaut exagéré

E/ La personne présente une perturbation concernant les critères B, C et D

F/ La personne souffre de manière significative ou vit une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants

Par ailleurs, il est à noter que des symptômes d’autres névroses peuvent également apparaître : angoisses et phobies par exemple.

Favoriser la parole, l’expression des émotions de la personne qui présente une mal-être particulier, peut l’aider à ne pas développer un état de stress post-traumatique.

La nécessité d’être accompagné

Pourquoi est-il important d’être accompagné(e) par un professionnel lorsque l’on souffre d’un état de stress post-traumatique ? 

Tout d’abord parce que le temps n’est pas un facteur de guérison. Il risque même d’aggraver l’état psychique de la personne : C’est pour cette raison qu’il est important de prendre en charge l’état de stress post-traumatique dès que les symptômes apparaissent.

Sans cette prise en charge rapide :

  • 30% des personnes sont susceptibles de développer une dépression
  • 25% subissent des troubles anxieux : attaque de panique, trouble obsessionnel compulsif, anxiété généralisée, phobies, comportements d’évitement, irritabilité, peur de mourir…
  • 50% se réfugient dans l’alcool, les médicaments ou la drogue

Ensuite, parce que cette dégradation sur le plan psychique à un impact sur le plan physique :

  • Troubles du sommeil
  • Troubles des conduites alimentaires : boulimie ou manque d’appétit
  • Palpitions cardiaques
  • Sensation de souffle coupé
  • Impression d’étouffement
  • Nausée
  • Vertige
  • Troubles digestifs
  • Fatigue
  • Sensation d’engourdissement ou de picotements
  • Sueurs froides
  • Tremblement
  • Ulcère à l’estomac
  • Hypertension
  • Peur de perdre le contrôle de soi ou de devenir fou
  • Troubles de la mémoire
  • Difficultés de concentration

De plus, l’état de stress post-traumatique à un impact sur la vie sociale et professionnelle. Elle touche également la sphère du couple risquant de provoquer d’importantes difficultés conjugales et familiales. La personne à en effet tendance à s’isoler dans ses symptômes, ce qui rend la communication d’autant plus difficile, et génère de ce fait beaucoup d’incompréhensions.

L’aide qu’il convient d’apporter

D’une manière générale, et pour tous types de vécu traumatique, les personnes ont besoin d’être reconnues en tant que victimes. Lorsque la ou les auteurs de l’événement traumatique sont  identifiés et reconnus responsables des faits, cela a un effet thérapeutique.

Ainsi, il est important d’être accompagné(e) par un(e) thérapeute mais également, selon le trauma subi, par une association ou par un avocat qui seront en mesure d’apporter une aide, un soutien pour expliquer et faire valoir les droits de la victime.

Le traitement de l’état de stress post-traumatique :

Il existe différents types de thérapies possibles selon la problématique, la personnalité du patient et ses objectifs personnels :

Psychothérapie, thérapies brèves telles que l’EFT (techniques de libération émotionnelle), l’EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires), l’hypnose, la TCC (thérapie cognitivo-comportementale), la sophrologie, la thérapie de groupe, les techniques de gestion du stress tels que la respiration et la relaxation, les exercices permettant de réduire et de contrôler l’anxiété, par exemple le yoga et la méditation..

La mission du thérapeute sera notamment d’expliquer les symptômes et l’évolution de ce trouble à la victime, afin de la rassurer et de mettre des mots sur ce qu’elle ressent.

L’importance d’être bien entouré

Au sein des familles ou dans le cercle amical, les proches ont un rôle non négligeable à jouer. Favoriser la parole, l’expression des émotions de la personne qui présente une mal-être particulier, peut l’aider à ne pas développer un état de stress post-traumatique.

Le simple fait de parler permet en effet de rationaliser tout ce qui s’est passé, et de mieux gérer les émotions. Pouvoir exprimer nos craintes, nos peurs, nos inquiétudes, favorisent la dédramatisation de l’événement traumatisant. Il s’agit de veiller à ce que la personne ne reste surtout pas isolée, et de ne pas minimiser sa souffrance.

L’écoute, la compréhension, la bienveillance sont donc essentielles, et si l’on constate la persistance d’un malaise ou le développement de signes de détresse, il est alors nécessaire d’aider la personne à prendre rendez-vous auprès d’un(e) professionnel(elle), afin de se faire accompagner vers un rétablissement en toute sécurité.

*Evelyne Josse : Psychologue clinicienne, Maître de Conférences, formée à l’hypnothérapie, à l’EMDR, à la thérapie brève et à l’EFT, auteure du livre « Le traumatisme psychique chez l’adulte » Ed deboeck.

Ecoute, compréhension, bienveillance… des attentions essentielles qui soutiennent nos proches

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