Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde

29 février 2020
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Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde… Une pièce pour monocle en haut-de-forme et phonométrographe incompris, en cavale avec son infirmière, et cherchant désespérément son parapluie. Cette fiction signée Laetitia Gonzalbes, joue les prolongations au théâtre de la Contrescarpe à Paris.

Mais qui est donc ce compositeur des célèbres Gymnopédies, grand précurseur longtemps ignoré, un brin provocateur, bohème à toute heure, indéfinissable et intrigant, Erik Satie ?

Je m’appelle Erik Satie, un spectacle drôle, excentrique, troublant, poétique. Un moment suspendu, en dehors du temps. Un espace blanc, épuré, duquel tout se fait et se défait… tel un puzzle qui, à peine reconstitué vole à nouveau en éclats, pour repartir à zéro, se réinventer, se souvenir, se retrouver puis encore se perdre dans une zone floue, amnésique, incompréhensible, quasi absurde.

photo Fabienne Rappeneau, tous droits réservés.

Toute diffusion, utilisation interdite sans autorisation de l’auteur.

Une pièce où tout se mélange, le dessin, le film d’animation, la musique, la danse, la poésie, les ombres chinoises… Comme en ce temps d’effervescence créatrice, quand une pléiade d’artistes se croisait au cabaret du Chat-Noir, haut lieu d’expression artistique du XIXème siècle, perché sur la colline de Montmartre.

Dès 1887, on y croisait la silhouette longiligne et énigmatique d’un avant-gardiste de la musique, sans doute incompris, admiré de loin, discutant avec son grand ami Claude Debussy, mais fondamentalement seul, et cherchant sa place : « Venu au monde très jeune dans un monde très vieux », une expression inspirée de Musset que Satie reprend pour lui en la remodelant à sa manière.

Je m’appelle Erik Satie, deux personnages sur scène, un homme et une femme : des personnalités symétriques, partageant des points communs troublants. Le plus important étant, sans doute, que « personne ne les écoute »… Retour sur les échecs, les concours ratés, les passages au conservatoire décevants, les critiques, les difficultés, les doutes, les regrets, les colères, les besoins de justice. Sur la scène au décor blanc, les voix se croisent et se répondent, comme si elles se connaissaient depuis toujours, comme si elles se connaissaient par cœur.

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Dialogue, ou habile monologue entre Satie et Satie ? Satie et son enfant intérieur, sa malice, ses blagues, ses contradictions, son œuvre, son ombre, son double ? Les mots fusent, sans pudeur, parfois sans retenue. Des gros mots même, très imagés, comme des caricatures lancées à la figure des critiques, suffisants et hypocrites. Tel en 1917, quand le critique et compositeur Jean Poueigh démonte Parade, un ballet présenté par Satie, en collaboration avec Cocteau et Picasso. Après avoir assisté au spectacle, le critique écrit dans les Carnets de la Semaine  : “Cette œuvre est outrageante pour le goût français.” Plein de rage et de courroux, Satie lui rétorque alors “monsieur Jean-Foutre Poueigh, Vous êtes un cul, mais un cul sans musique.”

Le grand amour d’Erik Satie

Satie ne garde pas sa langue dans sa poche, ni son cœur d’ailleurs. Il se donne à fond et passionnément. Son unique histoire d’amour dure à peine 6 mois avec Suzanne Valadon, rare figure de la peinture féminine montmartroise, dont le musicien tombe éperdument amoureux en 1893. Un amour éclair, tourmenté, qui se cabre comme un animal sauvage. Car, Erik Satie garde un souvenir défectueux de la femme, trop absente, lié à la mort de sa mère lorsqu’il avait 6 ans, puis de sa grand-mère à l’âge de 12 ans. Après son idylle foudroyante, il s’exile dans un célibat forcené, sorte de refus obstiné à côtoyer un monde féminin qu’il ne comprend pas, qui lui fait peur, et dont il aspire à se protéger. Est-ce pour cela qu’il aime tant les parapluies ?

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Pourtant, il continue de lui écrire tendrement après leur rupture, l’appelant toujours de son petit surnom “Biqui”, et l’embrassant sur le cœur…

Peut-être, comme pour sa musique, voulait-il atteindre la perfection amoureuse ? Satie cherche en effet à construire beaucoup de ses œuvres autour du nombre d’or, un algorithme qui reproduit la beauté de la nature. Quoiqu’il en soit, les 840 phrases des Vexations, œuvre qu’il compose après sa rupture avec Suzanne Valadon, unique amour de sa vie, applique à la perfection, la divine harmonie du nombre d’or.

Je m’appelle Erik Satie, comme tout le monde, un spectacle éligible aux Molières 2020, à la fois drôle et bouleversant. Une adorable complicité entre lui, Erik Satie, joué par Elliot JENICOT (si impressionnant) et Anna, jouée par Anaïs YAZIT (si touchante)…

A voir, pas trop tard, dans le monde de maintenant !

JUSQU’AU 6 AVRIL :
• du MERCREDI au SAMEDI à 19h
• les DIMANCHES à 14h30
• 1 LUNDI EXCEPTIONNEL le 6 AVRIL à 19h

Relâches
les 15, 18, 19, 22 et 25 mars
les 1, 2, 3 et 4 avril


Texte et mise en scène : 
Laetitia GONZALBES

Distribution : 
Elliot JENICOT et Anaïs YAZIT

Production : Théâtre de la Contrescarpe

Costumes et décors : Claire AVIAS

Musique et sons : Tim AKNINE et David ENFREIN

Illustrations et animations : SUKI

Voix off : Laetitia GONZALBES,
Jennifer KAREN et Axel KROT

Durée : 1h10

Théâtre de le Contrescarpe : 5 rue Blainville, 75005 Paris

theatredelacontrescarpe.fr

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