L’hydroxychloroquine : un acharnement anti thérapeutique ?

9 avril 2020
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L’hydroxychloroquine, sans histoire avant le COVID-19, est devenue en quelques semaines un de nos plus grands sujets de polémique en France. Cette molécule, présentée par le Professeur Didier Raoult comme l’unique traitement, actuellement efficace contre le SARS-COV-2, fait débat dans le milieu médical. Efficace ou pas ? Dangereuse ou pas ? Malgré la controverse et les résultats des essais cliniques qui tardent à venir, l’opinion publique tranche. Une enquête de l’IFOP nous révèle ce qu’en pensent les françaises et les français.

L’hydroxychloroquine est un médicament (PlaquenilR et Gé.), initialement utilisé contre le paludisme et les maladies rhumatismales. Pourtant, le Pr Didier Raoult, spécialisé dans la recherche de lutte contre les maladies infectieuses* à l’IHU** de Marseille, un institut hospitalo-universitaire bénéficiant des plus hautes technologies, martèle depuis le 25 février 2020  que cette molécule est extraordinairement efficace contre le SARS-COV-2.

Des résultats prometteurs

Pour étayer son affirmation, l’infectiologue s’appuie sur les résultats d’une étude chinoise***, publiée le 04 février 2020 dans la revue CELL RESEARCH****(CR) qui révèle l’efficacité de la chloroquine contre le 2019-nCoV in vitro et précise : “Outre son activité antivirale, la chloroquine possède une activité immunomodulatrice, qui peut renforcer synergiquement son effet antiviral in vivo. La chloroquine est largement distribuée dans tout le corps, y compris les poumons, après administration orale.” expliquent les chercheurs de l’étude chinoise.

Un ennemi foudroyant pour le Covid-19

Contre toute attente, après avoir obtenu le 5 mars dernier, l’autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), le Pr Raoult se lance avec son équipe, dans une étude clinique sur 25 patients. Cet essai, non randomisé, démontre une forte négativation du portage viral avec l’hydroxychloroquine.

Plus précisément, l’équipe de l’IHU de Marseille montre que l’association du Plaquenil et de l’azithromycine est redoutable contre le virus. Le Pr Didier Raoult rapporte une “baisse spectaculaire du nombre de cas positifs” au Covid-19. En effet, après 6 jours de traitement, le nombre de patients atteints par le Covid-19 descend à 25%, tandis que le nombre de patients, non traités, restent malades pour 90% d’entre eux. Les résultats, plus détaillés, de cet essai, ont été envoyés pour publication à l’International Journal of Antimicrobial Agents.

Les résultats de l’enquête de l’Ifop***** publiée le 6 avril 2020

Est-ce le résultat prometteur de l’étude de l’IHU de Marseille ou le grand succès de la pétition « Ne perdons plus de temps !» lancée le 3 avril dernier par le collectif de Philippe Douste-Blazy(Professeur de santé publique et d’épidémiologie, ancien Ministre de la Santé) et Christian Perronne(Chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches,) nul ne le sait, mais ce qui est certain, c’est qu’il  se dégage de l’enquête de l’Ifop, qu’une grande majorité de françaises et français est convaincue de l’efficacité du protocole défendu par le Pr Didier Raoult contre le Coronavirus :

A la question “D’après ce que vous en pensez, ce protocole à base de chloroquine est-il un traitement efficace ou pas efficace contre le Coronavirus ?”

  • 59% : efficace
  • 20% : pas efficace
  • 21% : ne savent pas

Pourtant, cet essai prometteur laisse perplexe une partie du milieu médical en France. Du côté des infectiologues, les avis restent très partagés. Les plus réticents lui opposent 3 principaux arguments :

  • Les données de l’essai de l’IHU de Marseille sont insuffisantes en raison du nombre restreint des patients traités.
  • L’hydroxychloroquine à des effets secondaires qui peuvent être sévères.
  • D’autres molécules, autre que l’hydroxychloroquine, doivent être testées.

C’est ainsi que, le 22 mars 2020, quasiment 1 mois après la déclaration du Pr Didier Raoult, l’étude européenne Discovery est lancée : 3200 patients traités en Europe, dont 800 en France. La plupart étant déjà, hélas, dans un état grave.

Le grand absent de l’étude Dicovery

L’objectif est d’évaluer l’efficacité et la sécurité de quatre traitements expérimentés à grande échelle, et susceptibles d’avoir un effet contre le Covid-19. Sont actuellement testés le remdesivir, le lopinavir en combinaison avec le ritonavir, ce dernier traitement étant associé ou non à l’interféron bêta, et l’hydroxychloroquine.

Sur cette étude, Eric Chabrière, Professeur à l’institut des maladies infectieuses de Marseille ne cache pas sa perplexité, soulignant qu’il manque un élément clé au protocole : l’azithromycine.

“Pour l’étude Discovery, ce qu’on a dit, c’est qu’on associe deux molécules : l’hydroxychloroquine et l’azythromicine. L’azythromicine a complètement disparue… En fait ce n’est pas le traitement qu’on préconise. Donc je ne sais ce que cela va donner. Il manque une molécule, nous on donne deux molécules.” explique-t-il lors d’une interview sur LCI le 28 mars 2020.

En ce moment même, des vies s’éteignent, disparaissent, sans pouvoir bénéficier d’aucun traitement qui aurait pu peut-être les sauver.

Depuis, les résultats se font attendre. Ils devraient être révélés dans les jours qui viennent.

Une lenteur déconcertante pour beaucoup, et insupportable pour d’autres. Car, pendant ce temps-là, la maladie progresse et tue, chaque jour, de plus en plus.

Depuis l’apparition des trois premiers cas de patients atteints par le Covid-19 en France, le 25 janvier dernier, nous déplorons à ce jour dans notre pays le décès de 12 210 personnes. Un compte macabre qui n’en finit pas de s’allonger. En ce moment même, des vies s’éteignent, disparaissent, sans pouvoir bénéficier d’aucun traitement qui aurait pu peut-être les sauver.

Des actions insuffisantes pour la recherche et la santé

L’enquête de l’Ifop révèle que les Françaises et les Français jugent “assez sévèrement l’action des pouvoirs publics” concernant la recherche contre le Coronavirus et d’autres maladies.

A la question “A vos yeux, à l’heure actuelle, les pouvoirs publics soutiennent-ils les travaux de recherche sur le coronavirus ?”

55% des personnes interrogées considèrent que les pouvoirs publics ne les soutiennent pas suffisamment.

Ils sont par ailleurs 67% à considérer que les travaux de recherche sur d’autres virus que le coronavirus sont également insuffisants.

S’agissant :

  • des travaux de recherche sur d’autres maladies (Alzheimer, cancer, etc.) : 69% pensent qu’ils sont insuffisants
  • de la recherche portée par les grands laboratoires pharmaceutiques : 45% pensent qu’ils sont insuffisants
  • de la recherche portée par les laboratoires publics (Institut Pasteur, etc .) : 56% pensent qu’ils sont insuffisants
  • de la recherche portée par les startups spécialisées en biotechnologies : 60% pensent qu’ils sont insuffisants

Un acharnement anti hydroxychloroquine ?

La pétition « Ne perdons plus de temps !» portée par l’ancien ministre de la santé Philippe Douste-Blazy réclame une plus large prescription de l’hydroxychloroquine, jusque là essentiellement réservée aux médecins hospitaliers. La pétition demande qu’il soit possible aux médecins de ville de prescrire l’hydroxychloroquine à leurs patients atteints du Coronavirus.

  • 49% des personnes interrogées à ce sujet soutiennent l’appel urgent des médecins de ville, contre 51% favorables à une prescription restreinte aux médecins hospitaliers.
  • 45% des personnes interrogées considèrent que le traitement de l’hydroxychloroquine doit être élargie aux patients ayant des symptômes légers du virus, contre 55% soutenant la position des pouvoirs publics qui restreint la prescription de l’ hydroxychloroquine aux malades les plus gravement atteints.

Soigner dès le début de la maladie

Une prescription pourtant inutile en cas de maladie grave. Car, lorsque le virus a dégradé les poumons, c’est déjà trop tard, et l’hydroxychloroquine ne sert alors plus à grand chose.

“Quand il est trop tard, il est trop tard, c’est-à-dire au moment où les gens sont en réanimation, quand ils ont des syndromes de détresse respiratoire, quand on est obligés de les intuber, en réalité ce n’est plus l’heure des anti viraux. On sait cela pour la grippe par exemple. Les médicaments qui marchent pour la grippe, ça marche pour les deux premiers jours de la grippe. C’est au début qu’il faut lutter contre les virus. Une fois que les lésions sont faites, elles sont un peu irréversibles et on n’arrive plus à les arrêter. Donc on a des données qui montrent que quand on détecte les gens, quand on les soigne dès le début de la maladie, on a des résultats qui évitent une évolution défavorable.” explique le Pr Didier Raoult lors d’une interview postée sur le site de l’IHU de Marseille.

Droit de choisir, droit d’être soigné…

Nous l’avons vu, les vertus thérapeutiques de l’hydroxychloroquine combinée à l’azithromycine pour lutter contre les effets dévastateurs du Covid-19… certains y croient, d’autres n’y croient pas. Certains se réfèrent aux faits : on meurt moins du Coronavirus à Marseille que dans toutes les autres villes de France. D’autres attendent des réponses, d’autres faits.

Mais, que l’on y croit ou que l’on y croit pas, après tout, qu’importe ? L’essentiel est que, chacune et chacun, atteint du Covid-19, ait la possibilité de choisir – en toute conscience – et selon son propre libre arbitre, d’être ou de ne pas être soigné avec ce traitement.

En s’engageant dans la médecine, chaque médecin prête le serment d’Hippocrate. Dans ce serment médical qui fixe les règles de la déontologie médicale, figure notamment les principes suivants : “Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions.” ******

La décision des pouvoirs publics consistant à restreindre la prescription de l’hydroxychloroquine aux malades les plus gravement atteints, ne permet pas à l’ensemble des médecins d’appliquer ce serment.

Voir la pétition : Philippe Douste-Blazy et Christian Perronne, collectif du 3 avril, adressé à Edouard Philippe (Premier ministre) : https://www.change.org/p/ephilippepm-traitement-covid19-ne-perdons-plus-de-temps-neperdonsplusdetemps

*Didier Raoult : Lauréat du grand prix de l’Inserm en 2010 pour avoir décrit avec son équipe de Marseille les virus complexes.

**IHU de Marseille créé en 2012, présenté sur son site comme “Un des plus gros laboratoires européen des cultures de microbes dangereux. L’IHU publie plus de 700 publications internationales par an, une partie majeure de la production scientifique dans le domaine de la microbiologie et maladie infectieuse en France.”

*** Wang, M., Cao, R., Zhang, L. et al. Le remdesivir et la chloroquine inhibent efficacement le nouveau coronavirus récemment apparu (2019-nCoV) in vitro. CellRes 30, 269-271 (2020). https://doi.org/10.1038/s41422-020-0282-0
Il est précisé dans cette étude « Ce travail a été financé en partie par des subventions des grands projets nationaux de science et technologie pour «l’innovation et le développement de nouveaux médicaments majeurs» (dirigés par le professeur Song Li) (2018ZX09711003), la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine (31621061) et le Projet de recherche scientifique d’urgence pour 2019-nCoV de la province du Hubei (aux profs Zhengli Shi et Gengfu Xiao).

**** The CellResearch (CR) publie des résultats de recherche originaux d’une importance inhabituelle ou de vastes avancées conceptuelles ou techniques dans tous les domaines des sciences de la vie, tant que l’étude est étroitement liée à la biologie moléculaire et cellulaire.

***** l’enquête de l’Ifop : “Étude Ifop pour Labtoo réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 3 au 4 avril 2020 auprès d’un échantillon de 1 016 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.”

******Bulletin de l’ordre des médecins  – n°4 d’avril 1996.

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